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L’ex-Président haïtien Jean-Bertrand Aristide
avait-il raison de réclamer une « dette » pécuniaire à la France ?
Professeur de philosophie
En 1957, pendant sa campagne électorale, François Duvalier (Papa Doc), la tête bien enfoncée dans son chapeau noir de baron Samedi (1), avait prévenu qu’il dirigerait Haïti « l’histoire en main ». Il avait vu dans l’histoire d’Haïti et celle de son armée ce qu’il a appelé « le caudillisme vénal » des généraux de l'Amérique centrale et de l'Amérique méridionale. Résultat : il a créé l’armée parallèle des tontons macoutes, la solide poutrelle sanguinaire de son régime tortionnaire. Monsieur Jean-Bertrand Aristide, qui, le 30 septembre 1991, a connu aussi, à ses dépens, cette histoire militaire turbulente, a supprimé purement et simplement l’armée. Un État contemporain sans armée ! À l'âge où la barbarie, cachée aux pieds de hautes montagnes ou s'entraînant en plaine, à l'orée d'un désert, envoie l'inertie des avions s'embraser dans des tours urbaines, Haïti n'est gardée ni par mer ni par terre ni par air. Voilà qui sort des temps ! Cette bizarrerie est à inscrire dans l’allure continuellement baroco des choses haïtiennes, dans le comportement décalé de cette nation qui veut être encore et toujours première dans l'Histoire : jadis première République noire au monde (les héros légendaires s’appelèrent Jean-Jacques Dessalines, Capois la Mort, Alexandre Pétion, Henry Christophe...), aujourd'hui premier État qui se désarme institutionnellement et sans raison, mais aussi premières armées « cannibales » qui s’exposent sans vergogne dans les rues et sur les routes. François Duvalier, et ses tontons macoutes, Jean-Bertrand Aristide, et ses chimères, furent premiers en leur genre, peut-être uniques en leur espèce. À force de vouloir être original, on a fini par verser, en Haïti, dans l’anachronisme ou la régression politique, par conséquent, morale.
Si l’ex-Président Aristide fut, à une certaine date de ses deux mandats, le propagandiste, au plus haut rang politique haïtien, d’une doctrine de la « dette » financière de la France à la République d’Haïti, il n’en demeure pas moins que l’idée de cette dette est présente, dès l’école primaire, dans l’esprit de tous les petits Haïtiens. Bombardée aujourd’hui, en 2003, sur la scène internationale comme dernière trouvaille « tiers-mondiste » révolutionnaire destinée à montrer au monde post-colonial jusqu’où ne s’est pas achevé le colonialisme, cette réclamation de l’ex-Président haïtien affiche officiellement le calcul « savant » de la somme « due ». Celle-ci vaut, dit-on, réparation du tort fait par la France à Haïti après la conquête de son indépendance, en 1804. L’extravagance de la somme, sous la plume ou dans la bouche d’Aristide et de ses zélateurs, peut inquiéter autant qu’elle pourrait faire rire.
En cinq étapes, je me propose de développer un exposé critique et une réfutation de cette réclamation.
I) J’entends dire que « la question de la dette peut être prise en considération » (2). Cette histoire de dette d’argent de la France contemporaine envers Haïti n’a aucune légitimité. C’est pourquoi je dis non. Un non sans concession. Certes tout enfant haïtien scolarisé a entendu son maître d’école maugréer contre Charles X, monarque français accusé d’avoir volé beaucoup de francs or à Haïti, à cause de l’indemnité exigée par la France en 1825, après l’indépendance de « la partie occidentale de l’Île » de Saint-Domingue. Les paroles de l’enseignant ne sont jamais allées cependant au-delà du sentiment, sorte d’éclat feutré de l’âme, et certains parmi nos maîtres, par exemple, commentaient les faits et les passions en disant qu’on ne pouvait pas conclure que cette dette était la cause de notre lamentable échec d’histoire politique. Ils étaient conscients que, même sous la forme injuste de cette dette, l’argent ne fait pas… le malheur. Au lycée, plus tard, des arguments de droit international furent soulevés, dans certains cours d’histoire, pour supputer que la France aurait dû se comporter autrement, en 1825, non seulement en ne réclamant pas de l’argent à la jeune République d’Haïti mais, au contraire, en lui versant une indemnité pour cause d’esclavage antérieur à l’indépendance. Un tel versement, entendions-nous, eût été moral et conforme à l'histoire réelle des deux peuples inégaux en richesses. Quelques professeurs, soit à titre personnel, soit mus par telle idéologie politique ou par un ressentiment d’origine confuse, ont formulé le souhait que la France rembourse cette dette. Ajoutons que, dans les chaumières - je devrais dire sous les ajoupas, dans les cayes - les Haïtiens ont toujours évoqué le malaise de cette indemnité versée par le pays à la France. Aristide n’a donc aujourd’hui révélé qu’un secret de Polichinelle.
Cependant, à ma connaissance, Aristide est le premier Président de la République haïtien qui ait officiellement dit que la France doit de l’argent à Haïti, le premier à avoir procédé à un calcul « savant » de la somme due et le premier à demander, avec insistance et assiduité, la réparation de la « dette de l’indépendance ». Son rang de Chef d’État a donné une portée sans précédent à cette réclamation, qui jusque-là n’avait pas dépassé le degré subjectif de la complainte. Mais je veux proclamer aujourd’hui que ce n’est certainement pas un tyran qui va nous dire, à nous qui nous efforçons d’être des démocrates, ce que nous devons penser et faire. C’est déjà suffisant que, partout où ils sévissent, les dictateurs empêchent de penser. Donc ce n’est pas parce qu’un tyran clame que la France doit de l’argent à Haïti depuis 1825 (soit 180 ans !) que nous devons tenir ce discours pour dit. De l’indiscutable illégitimité de toute dictature je tire l’illégitimité de la question de la « dette » pécuniaire française qu’agite un dictateur. Cette réclamation n’était pour Aristide qu’un moyen. Remarquons, au demeurant, en regardant le passé, que Hitler a revendiqué un vieil « Anschluss ». On sait aussi que Mussolini a mené sa campagne d’Éthiopie. Aujourd’hui, en digne successeur des régimes autoritaires, Aristide revendique lui aussi,… de l’argent. Il ne revendique pas encore une terre, mais nous déduirons plus loin quelque manière de suggestion à lui faire dans cette direction. Observons pour le moment que ce détour par l’Anschluss est fait pour nous rappeler qu’il existe une structure de raisonnement commune à la forme tyrannique de gouvernement : les tyrans revendiquent toujours un objet imaginaire extérieur au territoire national, qui puisse, à la manière des mythes d’origine, fédérer les consciences anonymes, mal formées et non critiques. D’où un fait de l’histoire : les dictateurs et les tyrans ont toujours eu à revendiquer. Aujourd’hui, c’est en France que le regard d’Aristide, tombant sur un numéro de paragraphe (le plus long) de notre Cours Supérieur d’Histoire d’Haïti, a trouvé son fantôme politique. Demain, s’il était encore Président de la République, la lecture onirique d’un autre paragraphe lui aurait fait imaginer que l’actuelle République dominicaine voisine doit aussi beaucoup d’argent à Haïti parce qu’elle aurait dilapidé « le bien » qu’Haïti lui a fait pendant l’occupation de cette République et la réunification de l’île par le Président Boyer (1822 – 1844), ou bien parce qu’en 1937 le cruel caudillo Rafael Leonidas Trujillo y Molina a fait assassiner 30 000 Haïtiens, a-t-on calculé, ce qui, dans une comptabilité délirante, peut toujours être transformé en numéraires perdus, une sorte de comptabilité du manque à gagner. L’imagination étant débridée par nature, Aristide aurait pu nous « sortir » bientôt le coup de l’Anschluss haïtien, ce qui aurait pu être la réédition d’une originalité connue du siècle dernier, en Europe, mais aussi une autre originalité de ce petit État trop nerveux des Caraïbes. En valeur d’échange des biens, cette revendication territoriale aurait pu équivaloir au calcul extravagant de la prétendue « dette », astronomique, actuelle de la France envers Haïti : plus de vingt-et-un milliards de dollars (21.000.000.000 US $) ! Il est toujours possible de trouver un débiteur quelque part sur le sable mouvant du passé historique. Aujourd’hui, c’est la France qui « trinque », demain d’autres États pourraient se voir touchés par les flèches gourmandes d’Aristide et de ses épigones. À titre de suggestion, ceci : que l’ex-Président songe à prospecter de ce côté-là aussi. Une petite mine d’or doit se trouver près du tombeau contesté de Christophe Colomb, en République dominicaine. En attendant, Français, vous entendez, vous deviez, sous Aristide, près de cent cinquante milliards de nouveaux francs à un dictateur qui, paraît-il, en avait cruellement besoin ! Vous continuez probablement à lui devoir cette modique somme car l’homme a des héritiers de ses pensées.
Non en
revanche, pour ce qui me concerne. Non, Aristide n’avait pas la légitimité du
recours judiciaire ou diplomatique qu’il a engagé de manière activiste contre
la France. L’appui opportuniste des altermondialistes de Porto Alegre n’y
pouvait d’ailleurs rien changer. La France n’a rien à « payer ». On
verra pourquoi plus loin.
II) Considérons, en attendant, cursivement le terrain factuel de l’action politique d'Aristide. Dans l'ensemble aristidien, nous ne pouvons que constater l’existence d’un seul élément : l’ensemble vide du mathématicien. L'ensemble aristidien est réduit à sa coquille vide. Aristide a tout promis (ce qui lui était la chose la plus facile du monde, vu l’état de dégradation d’Haïti en 1990), cependant il n’a rien réalisé : la misère continue de dégrader l’homme de manière exponentielle en Haïti. La faillite de l’action politique du grandiloquent prêtre-candidat à la présidence de 1990 est totale. Comme il n’y a rien, Aristide a donc raisonné (chose encore facile, puisqu’il pouvait toujours se payer de mots) pour que rien devînt quelque chose. En particulier, il fallait expliquer au « peuple » que quelque chose - quitte à l’imaginer - est la cause du rien. Il fallait faire croire au « peuple » que la faute de sa déchéance actuelle en revient à l’Autre, au vieux « complot de l’Étranger ». Comme le présent ne donnait rien à manger et que l’avenir s’annonçait sans horizon, Aristide faisait ruminer le passé à « son peuple ». Autant se nourrir de vent ! Mais voyons ! Soyons sérieux. Quand il gouvernait, Aristide pouvait-il me faire croire que si Haïti est aujourd’hui dans cet état économique, politique et moral, c’est à cause de « la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité » (3) que le pays devait commencer à verser à la France à partir du 31 décembre1825 (4) ? Qunad il régnait sur Haïti, Aristide pouvait-il me faire croire que si le pays, depuis deux siècles, est toujours déchiré, c’est à cause de cette indemnité ? Quand il jouait au comptable du trésor à Port-au-Prince, Aristide pouvait-il me faire croire que si, lui-même, il a lamentablement échoué en tant que Président de la République, c'est parce que, depuis 1825, la France a ruiné les finances d’Haïti à petit feu ? Il aurait menti, s'il l’avait soutenu.
Certes, quand un
être sensible, Haïtien ou non, apprend aujourd’hui, par le livre d’histoire,
qu’un pareil dédommagement eut lieu, il doit compatir avec ce petit peuple frêle (environ un millions
d’habitants), cet État alors âgé d’un quart de siècle seulement, nouveau-né du
début du dix-neuvième siècle, jeté là, dans le monde politique, par une révolte
victorieuse d’esclaves noirs, au milieu de ces vieux et imposants Royaumes, Principautés
et États blancs de l’époque. Certes, tout être sensible peut imaginer cet État
souffrir pour enfin se convaincre puis accepter d’« acheter », à
l’époque, une Indépendance conquise, vingt-cinq ans plus tôt, au prix de
nombreux morts. Verser une indemnité pour être reconnu dans le « concert
des Nations » ! Il a dû y avoir déception, rancœur et révolte
intérieure chez les Haïtiens et dans les consciences étrangères (5) acquises à la cause du monde noir. Tout cela doit être vrai. Mais là n’est pas le
problème politique concret du réel
aujourd’hui d’Haïti. Aristide aurait dû rouvrir les livres d’histoire et
chercher plutôt à expliquer à ses auditeurs, dociles ou intéressés, pourquoi,
en deux siècles, il n’y a eu, chez nous,
qu’une seule passation civilisée de pouvoir (Philippe
Guerrier → Louis Pierrot) entre nos Présidents de la République, les trois
passations « douces » de pouvoir qui ont eu lieu sous l’occupation
américaine (28 juillet 1915- 21 août 1934)
ne pouvant pas entrer dans le décompte des actes politiques authentiquement
haïtiens. Aristide aurait dû nous expliquer aussi pourquoi, en deux cents ans
de politique nationale, l’exil et la mort violente furent très
souvent le destin des Chefs d’État haïtiens (6).
Même le Président Jean-Pierre Boyer, élu, lui aussi, « président à vie », en 1818, dont on
s’accorde à louer la probité, a connu l’exil à Paris, en 1843. Cycle haïtien,
sans fin, de l’exil et de l’assassinat, qui sont deux données immédiates de
l’histoire de nos Chefs d’État ! Puisque Aristide connaissait son histoire
d’Haïti, il devait lui-même savoir comment son sort était déjà politiquement
scellé : entre l’exil, au mieux, la mort, au pire (selon les circonstances
et l’humeur de la nation en colère le
jour de sa déchéance). On peut, par conséquent, difficilement déduire
que la cause de ce lamentable échec politique prolongé est l’absence, dans le
budget haïtien, de vingt-et-un milliards de dollars « dus » par la
très méchante France. Je laisse aux économistes et aux historiens le soin de
découvrir et d’exposer les causes internes
et structurelles (agriculture, déforestation, confusion des
« classes » malgré un gigantesque fossé des inégalités, échanges
internationaux inégaux…) d’un marasme qui perdure mais qui a dû commencer très
tôt, lors du passage précipité et accéléré, en 1804, d’une colonie esclavagiste
à un État indépendant, d’emblée donné comme historiquement énigmatique. Nous
n’avons pas besoin du « complot de l’Étranger » pour expliquer le
naufrage qui nous est arrivé dans l’Histoire. Ses causes et ses
conditions sont d’abord chez nous et en nous. Elles sont, depuis l’origine,
endogènes. Au risque de provoquer, j’ajouterais que les causes de notre
naufrage sont exclusivement en nous et chez nous. Foc
Haïtien yo changé ! (7). Ni
l’autoflagellation de certains Français et d’altermondialistes complaisants
(peut-être finalement méprisants) ni la dénégation des Haïtiens ne peuvent
révoquer ce mot d’ordre du (re)commencement de la politique haïtienne. Cessons
de nous défausser sur la causalité imaginaire du grand méchant Autre.
Autre question : Pourquoi, en avril 1964, les Haïtiens - comme ils l’ont décidé pour Jean-Jacques Dessalines, qu’ils nommèrent « gouverneur général à vie » en octobre 1804 - ont-ils accepté que François Duvalier se fît plébisciter « Président à vie » ? Aristide aurait sans doute gagné à chercher à comprendre et expliquer cette répétition de l’histoire, qui ne doit pas être accidentelle. De même, il aurait fait œuvre utile en interrogeant la tranche de vie tumultueuse et ambivalente d’Haïti depuis 1804, qu’il aurait pu regarder avec une attention questionnante, rationnelle, « scientifique », pour découvrir qu’elle est inaugurée par un "meurtre du père" : l’assassinat de Dessalines, l’« empereur Jacques 1er », au Pont Rouge, le 17 octobre1806. Qu’est devenue cette « relation au père » - parricide - cachée au fond de notre histoire ? Peut-être même cachée au fond de nous ? Aristide aurait renseigné et enseigné en procédant de la sorte, au lieu de s’approprier passionnellement les faits historiques et de s’en servir à des fins idéologiques et démagogiques.
À vrai dire, je n’entendais de la bouche de cet ex-Président de la République, grandiloquent et autocrate, qu’un cri de panique né de la vue du bord du précipice, un cri d’hallali, un beuglement d’animaux qui « savent » qu’ils vont à l’abattoir. C’était le cri rauque, lugubre, désespéré de l’homme de pouvoir cerné, assiégé, se sachant menacé de toutes parts par le boomerang, inexorable et sans pitié, des promesses démagogiques non tenues ; un cri de fin de règne.
Non, nous ne devons pas être dupes, nous qui nous assignons comme tâche d’être vigilants et qui nous efforçons de comprendre les choses à leur juste mesure de pensée. La rhétorique d’Aristide était celle de la pauvreté d’arguments et de la panne de projet politique. C’était une rhétorique de l’indigence d’idées, celle d’un démagogue à court de programme politique digne et porteur d’espoir. Une rhétorique de la pauvreté qui veut se faire richesse, une danse, emphatique et factice, du désespoir, la parade de prestidigitation du « geai paré des plumes du paon ». Étant aveugle de l’avenir et se plaçant en voyant pathétique qui imagine et croit voir dans le passé la préfiguration et l’explication irréfutable de son gouffre présent, Aristide s’arc-boutait. Voire ! Tout le monde doit, par conséquent, comprendre que la réclamation de la « dette » était une manœuvre dilatoire de basse espèce. C’est du sophisme facile, « tricoté » aux dépens de la fragilité de la démocratie française, attentive et par trop auto-culpabilisante. Mais je voudrais qu’aucun Français n’adhérât à cette manœuvre, dont on ne peut pas assurer qu’elle se termine avec l’exil errant d’Aristide. Je voudrais qu’aucun électeur français, aucun Conseiller spécial, aucun Chargé de Mission, aucun Président ou membre d’un quelconque Comité de réflexion et de proposition sur Haïti, aucun Ministre, aucun Président de la République française, je voudrais, évidemment, que nul Parlement français n’accordât le moindre début de commencement d’attention à cette demande d’argent. Personnellement, j’aurais ri du caractère grotesque du monumental volume de la « dette », au sens d’Aristide, si cette « logique » d’un mauvais usage de l’histoire n’était pas pernicieuse et dangereuse en raison de la représentation erronée que le « petit peuple » haïtien et quelques intellectuels se feraient désormais des causes du mal qui mine Haïti depuis exactement deux siècles d’Indépendance. Une « parole présidentielle » a pu, en effet, donner une portée symbolique et juridique à cette argumentation démagogique ; l’affecter d’une apparente légitimité internationale. À la suite de cette manœuvre, un refus de payer de la "grande" France pourrait avoir alors pour conséquence de caricaturer celle-ci en ogresse mangeuse d’économie d’un petit État de la Caraïbe, voisin, de surcroît, de ses départements « colonies » d’outremer, etc... On imagine la suite de la salve anti-française dans le monde et son « tiers monde ». Non, il ne faut pas que les Haïtiens haïssent la France.
III) Je vais faire maintenant une petite digression de droit et de morale. Supposons que la France ait « payé » et qu’Aristide eût dans les mains les dollars frais dont il avait, semble-t-il, tant besoin pour - enfin ! - sauver Haïti. Deux problèmes de droit importants en découleraient. Le premier concerne le mode d’entrée en jouissance de ce mirobolant pactole. Aristide aurait-il eu la sagesse de reconnaître au peuple haïtien le droit légitime de souveraineté et lui demander de décider démocratiquement ce qu’il voudrait faire de cette somme ? Je doute de la sagesse du bonhomme. Un enfant comprend pourquoi je doute, si on lui explique que, malgré l’aide financière internationale (souvent très significative, sous la présidence d’Aristide), l’argent donné à « la première République noire de l’histoire » n’a servi paradoxalement qu’à créer à la fois l’extrême pauvreté d’une partie de la population et l’extrême richesse de l’autre. Notons que certaines villas de Port-au-Prince et alentours n’ont rien à envier à celles que l’on voit à Miami ou ailleurs dans les pays développés ! Ces villas pavoisent sur le territoire même où les dépôts d’immondices sont hérissés d’enfants en haillons ou nus qui y assurent le dérisoire moyen de leur subsistance mais en réalité y contractent la typhoïde ou d’autres maladies mortelles des populations pauvres contemporaines. Sur ces immondices, l’État, insouciant, et son Chef, égoïste, gèrent cyniquement la mortalité infantile que les bonnes consciences imputent à la fatalité. Mais supposons qu’Aristide ait consulté Haïti, je veux dire la nation entière. Supposons que le « peuple », majoritairement affamé, raseur comme Job, sans cinq kobs en poche, ait décidé de disposer directement de l’argent reçu de la France, aurait alors surgi le second problème, un épineux point de droit. En effet, dans l’ivresse de sa gesticulation démagogique, Aristide avait-il pensé à inclure dans le partage du « gâteau » l'immense diaspora haïtienne? Non. Voyons ! Les tyrans successifs haïtiens se sont déjà donné assez de mal pour nous faire quitter le pays, vous n’allez pas leur demander de s’ajouter la peine de s’inquiéter de ce que nous sommes devenus. Ils sont si contents de nous oublier ou de nous perdre, c'est-à-dire d’avoir la paix ! Subodorant les raisonnements possibles du bon Père Aristide, je le vois même exclure du partage les « traîtres à la patrie ». Soit. Admettons. Il nous aurait néanmoins concédé, dans ce cas, que ces « traîtres » ne l’ont pas toujours été, vu qu’ils sont nés Haïtiens. Être absent ne les déchoit pas de leur droit. Par conséquent, la France devrait aussi de l’argent à nous tous, les descendants des aïeux de l’Indépendance, qui sommes nés Haïtiens, y compris ceux qui vivent sur le sol français et jouissent des « avantages » divers que leur offre la France depuis déjà un certain temps . Ce ne serait pas le moindre des paradoxes que de passer deux fois à la caisse française ! Abus ! Le vol n’est pas loin. De plus, ces Haïtiens de l’extérieur auraient aussi prétention à la jouissance de l’héritage de leurs ascendants morts. Toujours est-il que les Haïtiens de l’étranger auraient pu avoir le droit légitime de réclamer leur part au sieur Président, trésorier tutélaire, gardien national du magot inattendu. Ce serait aussi un autre paradoxe que d’être en France, bien calmes, vaquant aux choses de la vie, et, après avoir entendu le clairon d’Aristide, de nous réveiller soudain, agités, vindicatifs, appâtés par l’argent facile, pour réclamer une « dette » à la nation d’accueil ! Tout cela devient très compliqué, absurde, digne d’une scène d’Ubu roi. De sorte que cet homme, on le voit, n’était pas conscient qu’il jouait à l’apprenti sorcier en réclamant cette dette. (Il est évident que je me serais exclu de la distribution de ces éventuelles parts de gâteau que je viens de supposer).
Si les choses avaient dû, sous Aristide, en arriver à ces extravagances, je voudrais montrer que ce serait non seulement absurde mais encore immoral parce que la France, vu les relations qu’elle a entretenues avec Haïti depuis plus d’un siècle, aurait remboursé la « dette » quatre fois.
La première fois coïncide avec la présence réelle française dans la coopération pour l'éducation, la science, la culture, les arts : l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire haïtiens ont profité de la pédagogie française, du contenu français des disciplines et des manuels scolaires. Moi-même, j’ai été formé à la française dans les cycles primaire et secondaire. Là, nous avons appris les Montaigne, les Descartes, l’École littéraire de 1660, les « lumières » françaises, le très grand abbé Grégoire, Victor Hugo, etc…, toutes ces grandes portes qui ouvrent l’esprit à l'universel. Aristide ne peut pas nier qu’il en est ainsi pour lui aussi, autrement comment pourrait-il expliquer qu’il ait pu faire tant d’études à l’étranger et changer aujourd’hui de « classe sociale » ? Ces remarques simples sont donc au-delà de ses mesquineries. Le deuxième remboursement, c’est la présence de la France dans la diffusion des formations universitaires. Ici, ce n’est pas moi qui suis concerné mais les générations antérieures des différentes facultés de l’Université d’Haïti, ainsi que leurs professeurs. Ce sont aussi ces anciens maîtres d’école formés à la française à l’École Normale d’Instituteurs de Port-au-Prince. Et ce sont tant d’autres cadres et intellectuels ! Sans oublier les boursiers haïtiens de la France. On pourrait même faire remonter la liste jusqu’à nos grandes figures de la littérature haïtienne du dix-neuvième siècle : Boisrond-Tonnerre (pour l’Acte de l'Indépendance), Louis Joseph Janvier ou l’intellectuel « joyau » Anténor Firmin. Ils ont tous eu leur part française intérieure. Aristide a-t-il pensé à défalquer de l’arithmétique savante de sa « dette » la valeur « marchande » de toutes ces parts d’esprit venues de France, à tout le moins leur valeur de bien intellectuel précieux et non périssable ? Ce qu’un grand nombre d’Haïtiens savent ou ont su (je pense à ceux qui sont morts), ce qu’ils sont (ou ont été) porte donc la signature intellectuelle de la France, qui ainsi ne peut pas, ne peut plus, devoir quelque chose à la nation haïtienne. Le troisième remboursement regarde l’accueil des étudiants « des anciennes colonies » et de la francophonie. Les universités françaises nous ont formés en nous apprenant à penser, à modeler notre approche du réel, à apprendre pour former en retour nos compatriotes (si nos Chefs d’État sont à la hauteur de l’accueil qu’ils nous doivent). Beaucoup de « profs de fac » français sont dans nos têtes d’Haïtiens ! On pourrait ajouter aujourd’hui l’accueil fait par la France à une partie, même infime, des boat people et des exilés haïtiens. Enfin le quatrième remboursement serait celui qu’avant son exil Aristide réclamait en son tintamarre rhétorique relayé par des fanfares alter-mondialistes mal accordées à la réalité des choses complexes d’Haïti.
Rembourser autant de fois la même dette serait, là encore, absurde. Or plutôt que la France ne nous doit, c’est nous qui lui sommes redevables. Redevables à la France qui, même pendant l’infâme « commerce triangulaire » et le Code Noir, a eu pourtant assez de ressources intellectuelles et morales pour donner au monde - et à Saint-Domingue (redevenue ensuite Haïti) - la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui certes n’est pas de l’argent. Cette nation, à l’époque, a eu une face brillante qui, par ses « lumières », a fini par miner l'obscurantisme économique et inhumain de l’esclavage. La France avait un endroit repoussant, fait de travaux forcés sur les plantations luxuriantes des « îles à sucre », parcourues par des traces de pas de chiens buscadores dressés pour chasser les esclaves « en cavale », les nègres marrons des mornes de Cuba ou d’Haïti. Mais cette nation avait aussi un envers attachant, qui a travaillé avec obstination dans les bibliothèques pour saper la face visible économique et maltraitante que fut le commerce du « bois d’ébène », pourvoyeur de l'esclavage en bras noirs. Fait de pamphlets, de livres, de tranchants Discours et d’idées générales généreuses, d’embastillements aussi, cet envers s’appelait Montesquieu (peut-être ?), Rousseau, Diderot, Condorcet, l’abbé Raynal, la Société des Amis des Noirs… Leurs mots, leurs idées, fourbis aux travaux des « philosophes des lumières » sur la question nouvelle, cruciale et révolutionnaire de l’homme sans condition, ont eu raison de « l’exploitation de l’homme par l’homme » sous l’une de ses formes, à savoir l’esclavage. Leurs mots vainquirent donc, à coups d’arguments, les choses économiques et leur immoralité, après quoi l’esclave de Saint-Domingue se convainquit du fondement de son droit à la liberté, ensuite il la recouvra. Il n’a pas fallu à l’esclave, désormais éclairé par les « lumières », davantage de temps que les années 1789 à 1804 pour remettre debout la liberté des Noirs !
Dans une balance honnête de la
« dette » française, il faut introduire aussi ce que la France a donné d’immatériel à Haïti, à
différentes époques et sous diverses formes. Les balances entre les États ne
sont pas seulement commerciales ou numéraires, elles sont aussi
intellectuelles, morales et, à ce titre, impalpables
sans pour autant être inexistantes. La balance morale dure, pendant que
l'argent se dissipe ou qu’on le dilapide. Ce qui alors dure, ce n’est pas le
calcul d’intérêts financiers de l’arithmétique commerciale mais le progrès
moral de ces sujets haïtiens qui ont reçu de la France la culture, les sciences
et les arts. Cependant vu que même la France ne s’aime plus aujourd’hui et
oublie sa glorieuse signature politique universelle - que de nombreux peuples ne cessent pourtant
de réclamer - des Français et Aristide
volettent sur cette vague de la haine de soi, ourlée d’un nihilisme pathogène,
et ne voient que la balance calculée en argent. En sécurité dans cet abri de
compassion ambivalente, Aristide saisit ce moment favorable et réclame à la
faiblesse française des kobs sonnants
et trébuchants ; une « injection
massive de dollars frais », comme en réclama aussi François Duvalier,
un jour, à une nation créancière bien connue des Amériques.
Celui-là est
donc injuste qui exige de la France qu’elle rembourse par l’argent une
« dette » post-coloniale. Celui-là est peut-être aussi ingrat.
Ou alors, puisque c’est un ex-prêtre qui s'adressait à nous, par un retour
subreptice d’une fonction perdue, il abuse de la pénitence qu’un ministère
habilite à donner après confesse. Or même la pénitence chrétienne est temporaire. Autrement, le pardon chrétien
s’évanouirait, le pécheur étant déclaré damné pour toujours et son âme vouée aux
flammes brûlantes et éternelles de l’enfer. D’où, comme nous l’apprend
l’histoire, on anticipa jadis sur terre le supplice eschatologique : on
brûla, à une époque dépassée, les sorcières, âmes damnées « convaincues »
de fornication éthérée avec Belzébuth ; en 1633, le Saint Office faillit brûler
Galilée, l'inventif et audacieux rénovateur de la philosophia naturalis ;
mais en 1600, au Campo dei Fiori, l’Inquisition brûla vif le très rare Giordano
Bruno, le Nolain moine, qui osa s’inquiéter de la véracité du dogme de
l’immaculée conception, affirma que la terre tourne autour du soleil, et autres
« hérésies » coupables de l'époque.
Serait-ce ce sort que notre ex-Président de la République avait décidé in petto pour la France ? Mais il
est si vrai que ce chrétien adorait aussi le barbare supplice du « père
Lebrun » (8), qu’il sanctifia un
jour dans une envolée lyrique scandaleusement indigne de la hauteur de la
fonction de Président de la République !
IV) Je voudrais maintenant raisonner à partir d’un contre-exemple, qui n’est autre que moi-même.
Si l’on veut éviter l’absurdité précédente, il faut donc accepter l’évidence : il y a longtemps que la France, implicitement ou explicitement, a reconnu que sa dette à l’égard d’Haïti était morale. À défaut de le clamer par des slogans bruyants, elle en a fait la pratique d’un devoir. La France n’a pas attendu Aristide pour cela. On notera cependant que, dès les Traités de 1838, qui rééchelonnent le remboursement de la dette haïtienne, le vocabulaire de la France, sous la plume de son monarque, change significativement. Le discours est moins vertical et plus horizontal. Il faut réunir, en effet, tous les textes de l’époque et les interroger en tant que signifiants. L’on découvre alors que, si l’Ordonnance du 17 avril 1825, scellée à Paris, consacrait le pouvoir unilatéral du Roi de France qui voulait « pourvoir à […] l’état précaire des habitants de cette île », en revanche, les Traités du 12 février 1838, signés à Port-au-Prince, désirent « établir sur des bases solides et durables les rapports d’amitié qui doivent exister entre la France et Haïti » et désirent « d’un commun accord mettre un terme aux difficultés qui se sont élevées relativement au paiement des sommes […] ». La France s’adresse désormais, soit treize ans plus tard, à un État politiquement égal à son royaume au regard du droit international.
Mais pour garder en vue le sujet de cet article, nous noterons surtout que la France s’est efforcée de « rembourser » sa dette morale sous des formes variées. L’une d’elles est, par exemple, ma présence légitimement reconnue devant une classe de petites Françaises et de petits Français d'un lycée de la Région parisienne. Ma situation n’est d’ailleurs pas unique ni, aujourd’hui, exceptionnel. Leslie Manigat, mon ancien professeur d’histoire à Port-au-Prince, ancien Président de la République d’Haïti, a enseigné à l’Université expérimentale de Vincennes. D’autres Haïtiens tiennent la craie un peu partout dans la France contemporaine. Ce matin (voir la note 2), j’ai donc fait un cours de philosophie sur « le corps signifiant » et « visible » d’autrui, au sens de Merleau-Ponty. Les élèves, comme d’habitude, n’ont même pas vu que j’étais Haïtien. Il y a eu une si grande communion, dans la classe, entre eux et leur professeur qu’il eût été vraiment mal venu de ma part d’interrompre le cours pour leur dire que je suis Haïtien et, à ce titre, leur rappeler ou démontrer par a + b qu’ils me doivent de l’argent. À la sonnerie de fin de leçon, une élève, beauté céleste, petit minois de "facture" méditerranéenne, faite de la beauté des beaux-arts, s’est écriée : « Déjà ! ». Une autre, exaltée par la portée et l’enjeu du cours a voulu en connaître davantage et m’a apostrophé : « Monsieur, c’est tellement intéressant que je voudrais que vous étudiiez avec nous L’œil et l’esprit de Merleau-Ponty ». Fallait-il les « ramener sur terre » et leur apprendre que leurs parents, grands-parents, arrière-grands-parents… me doivent de l’argent ? Qu’ils me doivent davantage d’argent encore, s’ils sont de Nantes, de Lorient, de Saint-Malo, de La Rochelle, de Bordeaux, d’etc., c’est-à-dire de toute ville française géométriquement inscrite dans le « commerce triangulaire » ? Fallait-il provoquer un hiatus dans un cours si bien compris et déclarer à ces élèves qu’ils ont oublié - et la France avec eux - de me dédommager de la « dette » (calculée aujourd’hui par un Président « Robin des Bois ») qui doit servir de réparation à « l’indemnité » versée par Haïti à la France, en 1825, pour « acheter » son Indépendance conquise pourtant militairement et proclamée en 1804 ? Non, il ne le fallait pas. Je ne me vois pas tenir de tels propos à mes élèves car cette communion de cours n’a été possible que précisément parce qu’il y a eu une continuité franco-haïtienne de la formation partagée ou proportionnelle et qu’en la salle de classe il y a eu une fusion indolore des deux nations. Cette fusion se donnait à expérimenter dans un discours universel par sa fin, la philosophie. Je ne me vois pas non plus réclamer de l’argent à mes collègues ou aux compagnes et compagnons français des Haïtiens et des Haïtiennes.
Ayant un très grand sens du ridicule, je ne peux pas être le messager d’Aristide auprès de tous ces Français. Je ne peux pas brandir la pancarte aristidienne de la « dette » pécuniaire. Dans l'Ordonnance de 1825 comme dans les Traités de 1838, qui furent à l’évidence façonnés d’inégalité, il n’y a pas eu nécessairement crime ni délit de droit ; il y a eu certainement faute. La France en a été consciente. Ce n’est, par conséquent, pas de l’argent qu’elle doit à Haïti. La dette était morale. Peut-être faut-il dire qu’elle est toujours morale car les blessures morales sont éternelles et n’ont jamais de réparation absolue qui les puisse guérir. Par sa longue contribution intellectuelle, la France a rendu sa dette d’État à État. Admettons qu’elle n’en ait rendu qu’une partie. Elle a néanmoins rendu. Par l’universel et par l’esprit. Mais apparemment cela se voit peu, en tout cas, moins que le fiduciaire, dont Aristide se sent capable de réclamer la différence (intérêts et capital sur 179 ans) parce qu’il ne voit pas l’immatériel spirituel qui, lui, ne produit pas d’espèces ni de coupures en gourdes et en « green back ». Les démagogues, qui ne voient que l’intérêt de leur pouvoir, ne peuvent évidemment pas non plus regarder jusqu’au degré où permet de s’élever la conscience de la nuance, des singularités et des significations purement humaines. Ils gomment les parcours particuliers et emballent tout dans le grand baluchon des fantasmagories qu’ils imaginent à leur aise, quitte à s’emparer de l’histoire pour parer leur imaginaire des plus beaux prétendus arguments du cœur et du bon sentiment ou de certaines arguties absconses de « droit des gens ».
Au demeurant, pour celui qui, anonyme professeur de lycée, dispense un cours de philosophie, c’est maintenant l’occasion d’élever la discussion au-dessus des mesquineries d'Aristide, jusqu’à l’aporie à laquelle peut conduire un questionnement sérieux et serré. Il s’agit du problème de la responsabilité et surtout de la question qu’induisent les extravagances de l’ex-Chef d’État : Peut-on hériter d’une responsabilité ? Si oui, laquelle ? Pour nous (les philosophes), c’est une question, mais pour Aristide le politicien, il n’y avait pas question mais certitude : Monsieur Chirac et les parlementaires français héritent, selon Aristide, de ce que Charles X et ses ministres ont fait d’immoral (et qu’Aristide confond avec le droit). Aristide était en deçà de Descartes et procédait par des « anciennes opinions », sans fonder encore des « pensées ». Par conséquent, ce matin, si je devais interrompre mon cours pour parler de la « dette » au sens d’Aristide, ce serait plutôt pour questionner le fondement philosophique de la question de la responsabilité morale, dont il faudrait préalablement s’assurer de l’éventuelle réponse affirmative avant de même prétendre poser la question du montant d’une éventuelle « dette » pécuniaire, la dette vue du côté du droit. Donc : Est-il légitime de demander à mes élèves de payer en espèces ce qu’a fait d’immoral la contingence historique du début du dix-neuvième siècle ? Les cours et les livres de philosophie savent que l’esprit et la raison critiques achoppent ici sur une redoutable aporie. Aristide, lui, passait par-dessus la question préalable, au galop du démagogue qui flaire l’intérêt et la gloire facile des mots. Mais nous, qui sommes des émancipateurs de l’esprit par fonctions et par questionnement critique, nous marquons un temps d’arrêt, consacré à la réflexion, pour dire non à l’action impulsive et nous saisir des rênes du cheval fou des tyrans. Pour satisfaire l’esprit méticuleux, nous allons démultiplier les nuances des deux questions précédentes, côté français puis côté haïtien.
1) Les Français d’aujourd’hui sont-ils responsables de ce que Charles X a commis d'injuste en 1825 ? Sont-ils héritiers des états d’âme de ce monarque et des passions (fierté, honneur, gloire) qui le gouvernaient au moment où il a pris la décision politique de contraindre la jeune République d’Haïti ? En histoire (même aussi, d’ailleurs, dans la vie quotidienne des gens et des familles), on n'hérite pas de ces choses-là, quand bien même nous pourrions arguer de leur rôle dans le déploiement de force (9) de 1825 et le montant élevé de l’indemnité d’indépendance. Faudrait-il aussi demander aux Français de 2004 d’assumer la responsabilité de la haine antisémite (aspect moral) qui a poussé, en 1940, le pouvoir français de Vichy au traitement (aspect politique) qu’il a imposé aux Juifs ? Il faut avouer que non : les Français de 2004 héritent, par la force des choses, d'un passé politique, sans forcément hériter de la responsabilité des penchants, intentions et volitions intimes, donc des considérations morales contingentes qui ont fait ce passé. Aucun homme n’hérite de la morale de ses ascendants. Sartre a écrit que « le destin de l’homme est en lui-même » (9 bis). Certes, il peut y avoir reconnaissance rétroactive d’actes « irréparables » (10) commis par des Français de l’époque de Charles X ou de celle de Vichy, mais il ne peut y avoir assomption de ces actes. C’est, me semble-t-il, le point auquel est parvenue aujourd’hui la conscience historique des Allemands qui sont nés après la Seconde Guerre (nazie) mondiale. C’est équilibré.
Pour continuer
la discussion du cas haïtien, les Français d’aujourd’hui héritent d’une signification historique, reçue comme
totalité d’acte politique (convention, traité), revêtue de « notre sceau » (français), comme le
précise l’article 4 du Traité du 12 février 1838 signé entre le monarque
français et le président haïtien. Ils n’héritent pas du moyen
qui l’a fait être ; en particulier,
ils ne peuvent hériter
des intentions déclarées, secrètes ou supposées de Charles X, dont ils
n’ont pas pu, par la force des choses, évaluer les fins morales et la
légitimité. En identifiant les choses par leurs concepts idoines, disons qu’ils
ont hérité du droit (et de la politique), non de la morale de l’histoire. Or
le droit est là, hic et nunc, trace
d’acte politique, trace lue dans des contrats et des traités, qui furent signés, sans que l’on puisse à tout bout
de champ demander qu’ils soient dénoncés. Aristide n’aurait donc pas dû
confondre le plan du droit et celui
de la morale. Ayant transformé une
récrimination morale légitime (contre
un abus de puissance de la France de l'époque, etc) en un calcul de droit et de dû, il s’est trompé de
combat. Certes Kant demandait à la pragmatique politique et à son calcul des
intérêts et des moyens de « préalablement
s'agenouiller devant la morale » pour être une « vraie politique » (11).
Mais, à notre grande déception, cet enseignement humaniste venu de Königsberg,
il y a plus de deux cents ans, n’a pas pu corriger
la trajectoire morale de nos politiciens, et les mœurs d’aujourd’hui n’en sont
même pas encore à un brin de soupçon de la conscience des « fondements » métaphysiques de la politique. Quoi qu’il en soit
cependant, le droit et le dû, excroissances malheureuses de la politique d’une
époque, dans le cas soulevé par Aristide, ne sauraient, en tout état de cause,
valoir « remboursement » de la morale.
2) Quant aux Haïtiens, sont-ils dans
leur bon droit (sans illusion), ceux qui réclament aujourd’hui aux Français de
2004 de dénoncer une convention de dette internationale presque biséculaire,
signée par les États français et haïtien en 1825 ? La réponse n’est pas
forcément affirmative. Car c’est sans doute respecter l’autonomie, le jugement,
probablement le courage, et la signature des autorités politiques haïtiennes de
l’époque que de considérer qu’ils ont clos
une page d’histoire et ouvert une nouvelle. Leurs paraphes les honorent. Q’on
ne les méprise pas, qu’on n'avilisse pas leur mémoire, en allant quémander
aujourd’hui de l’argent à la France. Qu’on veuille bien les laisser
tranquilles. Leur action, située dans leur temps incertain politiquement,
n’était pas infâmante. Ils avaient aussi le souci de la nation et de l’État.
D’ailleurs, la Proclamation du Président Jean-Pierre Boyer (11 juillet 1825)
consigne, quand on l’a entièrement lue, une dramatique de la grande décision
politique que doit prendre un Chef : « Cet acte authentique, en ajoutant la formalité du droit à l’existence
politique que vous avez acquise, légalisera aux yeux du monde le rang où vous
vous êtes placés […] Haïtiens !
Montrez-vous toujours dignes de la place honorable que vous occupez parmi les
nations […] plus heureux que vos
pères […] ». Ce Président, accablé (peut-être atteint dans son
amour-propre), dit aussi : « Citoyens
[…] Les arts et les sciences qui se
plaisent dans la paix s’empresseront d’embellir vos nouvelles destinées de tous
les bienfaits de la civilisation ». Remarquable ! Voilà un
Président d’un tout petit État, fait d’anciens esclaves fraîchement libérés de
leurs chaînes, tout récemment encore massivement maintenus dans l'ignorance et
l’inculture, un Président qui, en pleine crise politique avec le Roi de France,
trouve le moyen de s’inscrire d’emblée dans l’idéal de progrès
(scientiste ?) qui sera, dans l’Histoire, la signature idéologique propre
du dix-neuvième siècle européen (hors Nietzsche) ! Boyer précède l'éminent Cours de philosophie positive d’Auguste
Comte. Ce n’est pas rien. C’est certainement
au-delà de l’argent. Une sérénité grandiose ! Au surplus, notons que
Boyer, en exil, en 1843, sera reçu par le roi de France, en toute dignité
d’ancien Président d’un État souverain (12),
comme quoi sa signature (le droit) a construit quelque chose de politique, qui a ensuite renversé le rapport qu'entretenaient la morale et le droit à l’époque de
l’Ordonnance comminatoire de 1825. Et puis, lors même qu’il y aurait eu, dans
l’Ordonnance de Charles X et les Traités qui l’ont suivie, l'inégalité de
« la part du lion », il me
semble qu’en droit, sans que je sois pour autant juriste, juge ou avocat, la prescription
existe. Les cent quatre-vingt-un ans qui nous séparent de 1825 n'induisent-ils pas cette prescription ? Je plaide pour la prescription. Pour être cohérent
avec moi-même : au moins la prescription morale (qui n’est pas l’oubli),
et c’est suffisant pour l’accord des esprits et des deux peuples. Autrement,
on pourrait - et de tout temps, à l'infini - dénoncer tous les accords, contrats,
conventions et traités qui ont été signés dans l’histoire des relations
internationales, sous prétexte qu’ils seraient tous plus léonins les uns que
les autres. Car il est toujours possible, en levant des arguties de trivium, de
trouver qu’un Traité (aspect du droit) entre deux États lèse (aspect
de la morale) l’un d’eux. Mais ce qui est impossible, c’est de faire
l’impasse de l’incompétence politique durable des Haïtiens qui
nous ont gouvernés et de la cacher derrière la déduction comme quoi le sort
actuel du pays vient de ce très vieux versement d’indemnité. Boyer, lui, avait
demandé aux Haïtiens de continuer « à
être le désespoir de ceux qui tenteraient de vous troubler dans la juste et
paisible possession de vos droits ». Pendant 179 ans, en avons-nous été
dignes ? Avons-nous été, par notre conduite politique d’Haïtiens « natif natal », héritiers de ce
« désespoir » éthique
dont Jean-Pierre Boyer faisait le point d’inflexion vers l’espoir politique du pays humilié ? Qu’avons-nous fait de ces
droits-là pour qu’aujourd’hui les droits
de l’homme ne soient devenus, en Haïti, que des chiffons maculés de sang
« caillé » couleur rapadou
dans nos villes et nos campagnes ? Qu’on ne vienne pas me dire qu’un
« Étranger » était tapi là, caché derrière nos chefs d’État, pour
leur dire (voire leur apprendre, tel à des pantins) d’exceller dans la
prévarication, de pratiquer l’arbitraire, de terroriser la nation entière,
d’emprisonner sans jugement, de torturer et de tuer autant d’Haïtiens qu’ils
veulent. Voici : l’éthique et la
morale ont complètement abandonné la politique à elle-même en Haïti. Là est
le problème. La paix, le progrès, le bien-être (« les bienfaits de la civilisation » de Boyer) ne peuvent pas
encore voir le jour sur ce morceau d’île trahi par ses politiciens. L’Homme des « droits de l’homme » ne peut pas
encore y être sauvé. Diable kanail !, me fait hurler mon créole natal.
Je rêve ! Aristide n’a même pas résolu le honteux problème
« moral » haïtien des enfants restavec
et il a l’audace de quémander une si vieille somme !
D’où il
résulte que les historiens qui soutiennent Aristide n’ont pas questionné le
fondement philosophique de la question de la
responsabilité morale en politique (ou ailleurs). Massivement aveuglés
par l’idéologie de « la faute des autres », ils ont lu l’histoire
d’Haïti en raisonnant de manière à faire porter au droit - par le dû prétendu - le lourd défaut de morale, commettant ainsi un inacceptable paralogisme. Un défaut de morale
bilatéral : d'une part, Charles X, esclave de la géopolitique de son époque, d'autre part, la
« politique haïtienne », telle qu’elle s’est pratiquée dans
l’histoire de cette « première république noire », le premier défaut
ne devant pas servir à masquer le second. Donc, il aurait été utile qu’Aristide
sût bien distinguer, dans le domaine de l'action politique, le droit et la morale :
à un problème de droit (et de politique), donner une solution de droit
(aujourd’hui n’est-il pas trop tard ?), à un problème de morale,
ne pas donner une solution de droit et de dû.
Quoi qu’il en soit, ajoutons que, même après des conflits extrêmes entre les peuples, doit venir le moment de l’oubli. Puisque nous n’avons pas reçu de délégation morale pour pardonner à la place de ceux qui ont souffert ou qui sont morts pour nous, l'oubli doit avoir, dans l'Histoire, plus de valeur que la rancune et la vengeance. On n’a même pas besoin d’aller au Séminaire pour apprendre cet acquis de la civilisation, qu’on peut, sans être prêtre, lire dans les Évangiles. La conduite contraire, celle qui fait de la vengeance le fondement et le moyen de l’action des hommes, est une régression sous l’espèce de la loi du talion, dans laquelle Simone GOYARD-FABRE voit « une conception très sommaire de la justice » (13). Or moi, je veux être juste, au sens plein et moderne de ce mot. Dans l’histoire de la justice, le talion a vécu.
*
* *
*
J’ai opéré philosophiquement sur la réclamation d’Aristide : j’ai disjoint la part du droit (de la politique) et la part de la morale pour montrer à quel point l’ex-Président s’était enveloppé d'illusion et de démagogie. La réclamation aristidienne n’était qu’un moyen, une manœuvre dilatoire, dont on ne peut pas malheureusement assurer qu’elle s’est terminée avec l’exil errant, péri-pathétique, d’Aristide. Je voudrais, par conséquent, qu’aucun Français n’adhérât à cette manœuvre, je voudrais aussi qu’aucun membre d’un quelconque Comité de réflexion et de proposition sur Haïti, aucun Président de la République française, je voudrais, évidemment, que nul Parlement français n’accordât le moindre début de commencement d’attention à cette demande fauve d’argent. Ne me demandez pas de « prendre en considération la question de la dette de la France » (12), si ladite dette est au sens d’Aristide, c’est-à-dire déclarée seulement pécuniaire. De plus, la « question de la dette », de cette dette-là, ne jouit pas d’une réponse affirmative à la question préalable de son fondement. Elle n’est donc pas légitime. Son illégitimité la destine à la poubelle de l'Histoire. Et puis comment la Nation qui a légué à Haïti la langue française et l’abbé Grégoire pourrait-elle lui être encore débitrice ?
Castel JEAN
Février 2004
Notes :
(1) Baron Samedi :
dans le vaudou haïtien, c’est le dieu de la
mort donnée. Il règle souterrainement les affaires de la mort, suce le
vivant jusqu’au décès inévitable. Soudain on voit, en Haïti, un individu
maigrir sans raison, tomber malade ; il est dépafini. C’est Baron Samedi qui s’en est consciencieusement
occupé. En route pour la mort, toujours coiffé de son sinistre chapeau noir, il
est l’escorteur invisible de l’âme de la victime du maléfice vaudou fatal.
(2) Parole entendue le 7 février 2004, à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), à une réunion d’Haïtiens et de Français opposés à Aristide, encore Président de la République d’Haiïti (pour quelques semaines). Cet article est une réaction à la phrase citée, ce qui explique ses circonstances de temps : il développe et argumente mon intervention indicative et cursive ce soir-là.
(3) Ordonnance de Charles X, « par la grâce de
Dieu, roi de France et de Navarre », du « 17 avril de l’an de grâce 1825, et de notre règne le premier ».
L’Ordonnance continue : « Article
3. Nous concédons, à ces conditions, par la présente, aux habitants actuels de
la partie française de Saint-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur
gouvernement ».
(4) Deux Traités, signés entre les deux États à
Port-au-Prince, le 12 février 1838, ont revu l’échelonnement des échéances de
la « dette », la dernière échéance ayant été fixée à l’année
1867 : « trois millions de
francs ». (Thomas MADIOU, Histoire
d’Haïti, éd. Henri Deschamps, Port-au-Prince, 1988, tome VII ;
réimpression de l’édition de 1847-1848. Cité dans Haïti, première république noire, Publication de la Société
française d’histoire d’outre-mer, Paris, 2003, sous la direction de Marcel
DORIGNY, pp. 251-252).
(5) En 1843, Victor SCHOELCHER pouvait
commenter : « Le roi de France
chargea M. Mackau, capitaine de vaisseau, d’aller porter cette ordonnance à
Port-au-Prince, comme la dernière condition sous laquelle il consentirait à
oublier ses droits sur Saint-Domingue, et à reconnaître l’indépendance pleine
et entière de la république noire. Pour que de telles intentions n’eussent pas
été manifestées en vain, treize vaisseaux accompagnèrent le porteur de la
proposition de paix […].
Les formes
arrogantes de l’ordonnance, ces façons de suzerain à vassal blessèrent la
susceptibilité des commissaires nommés pour traiter […]. La France
[…] voulut […] par un dernier acte de maître laisser croire qu’elle agissait
librement, et comme les formes sont la moitié des choses, elle se trouva
presque satisfaite de signer d’une manière outrageante une indépendance qu‘elle
était humiliée de ne pas pouvoir méconnaître […]. Haïti devait faire un traiter avec la France et non pas recevoir une
lettre d’affranchissement. Les Haïtiens […] s’indignent d’avoir été impérieusement condamnés « à dédommager
les anciens colons qui réclameront une indemnité ». Le sentiment de cette
humiliation est encore si vif dans tous les cœurs, que ce n’est jamais sans des
précautions extrêmes et presqu’à la dérobée que le gouvernement fait porter à
bord de nos vaisseaux les termes échus de l’indemnité. » (Victor
SCHOELCHER, Colonies étrangères et Haïti,
Paris, 1843, tome II, réédition Émile Désormeaux, Pointe-à-Pitre, 1973. Cité
dans Haïti, première république noire,
Publication de la Société
française d’histoire d’outre-mer, Paris,
2003, sous la direction de Marcel DORIGNY, pp. 252-253).
(6) En réalité, sur
quarante-cinq Présidents haïtiens, entre 1804 et 2001, vingt-deux
ont connu l’exil ou la mort violente. Si l’on ajoute à cette liste
celle des interruptions forcées de
l’exercice du pouvoir (coups d’État, pronunciamientos, destitutions,
démissions, etc.) on arrive à un total
de trente et un Présidents sur
quarante-cinq (soit les deux tiers) qui, en deux cents ans, ont quitté leur
« poste » de manière violente. Le passif politique et institutionnel
d’Haïti est donc très lourd, trop lourd pour un si petit État. Nous devrions
méditer sérieusement sur ces données objectives de notre histoire politique au
lieu de quémander de l’argent dans l’espoir de nous en sortir, espoir qui, en
l’état actuel des choses, est nécessairement vain à cause, précisément, de
cette histoire violente qui « colle » à nos institutions politiques
depuis si longtemps.
(7) Les Haïtiens doivent changer !
(8) Supplice du « père Lebrun » : peine de mort expéditive et particulièrement barbare qui consiste, en Haïti, à glisser le corps d’un homme dans l’anneau d’un pneumatique, à le ligoter à un mât de la mort improvisé ou à l’asseoir sur le sol, puis à enflammer le pneumatique. Aristide s’est complu, dans un de ses discours violents, à dire : « …caoutchou … senti bon » (le caoutchouc sent bon), ce qui, comme tout le monde peut le comprendre, est une métonymie singulièrement cynique et étrangère à l’enseignement chrétien qu’a reçu Aristide au Séminaire. Ce seul court fragment de discours le discrédite à ce point qu’il mérite toutes les destitutions de Chef d’État du monde.
(9) Les mandataires français de 1825 étaient
Saint-Criq et le baron de Mackau.
« Il y avait dans la rade de
Port-au-Prince 14 bâtiments portant 528 canons, ce qui constituait un argument
diplomatique très convaincant. » (François BLANCPAIN, « Note sur
les dettes de l’esclavage » in Haïti,
première république noire, sous la direction de Marcel Dorigny, Publication
de la Société française d’Outre-Mer, Paris, 2003, p. 243.
(9 bis) Jean-Paul SARTRE, L’existentialisme est un humanisme, éditions Nagel, 1970, page 62.
(10) « Oui, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux », fragment important de l’Allocution prononcée, le 16 juillet 1995, par Jacques CHIRAC, Président de la République française, en commémoration de la rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942.
(11) KANT, Vers
la paix perpétuelle, « Appendice I : De la dissension entre la
morale et la politique au sujet de la paix perpétuelle », Classiques
Hâtier de la philosophie, avril 2001, p. 77. Traduction Éric Blondel et alii.
(12) J.-C. DORSINVILLE et les Frères de l’Instruction
chrétienne, dans leur Histoire d’Haïti,
§ 161, page 195, écrivent au sujet de Jean-Pierre BOYER : « On raconte que Louis-Philippe, voulant lui
rendre hommage, l’appela Prince à l’audience qu’il lui accorda, et, comme Boyer
se récriait : « Sire, je ne suis pas prince, j’ai été le
chef d’une petite république », le roi de France lui serra
affectueusement la main et répliqua : « Quand on a gouverné un million
d’hommes pendant vingt-cinq ans, on s’est élevé au rang des princes. » » (éd. Henri Deschamps, Port-au-Prince, HAÏTI).
(13) Simone GOYARD-FABRE, in Notions
philosophiques, tome 2, PUF, Paris : article « talion ». HEGEL avait noté auparavant « l’absurdité de la peine comme talion »,
dans les Principes de la philosophie du
droit, § 102. Traduction André Kaan. Coll. « Idées », éd.
Gallimard, Paris, 1979, p. 138.
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