
visites du site
La conférence de Meaux sur le vaudou :
le vaudou haïtien
(Vendredi
18 janvier 2008, 18 h 30)
Par Castel JEAN

Castel JEAN au début de la conférence sur le vaudou
Observations
- Ce que peut comprendre un Haïtien quand il entend les jeunes Français parler de
bijoux ethniques vaudous : en réalité, il ne comprend rien car il ne
reconnaît le vaudou –son vaudou- dans les artifices qu’il voit au cou des
jeunes filles ou à leur poignet.
- La
très dense information consacrée au vaudou aujourd’hui (et depuis fort
longtemps d’ailleurs). Par exemple, le site Internet de Google affiche 373 000 occurrences du mot "vaudou". Ce chiffre est un indicateur qui renvoie à une
réalité : traiter le vaudou de manière exhaustive prendrait des heures et
des heures. Dans le délai d’une heure et quart de conférence, je me
restreindrai à vous parler, succinctement, de la diversité du vaudou (son
origine, ses aires géographiques principales) et, plus amplement, du vaudou
haïtien (son originalité, quelques unes de ses particularités : les louas,
le zombie…).
- Je
développerai donc (restriction de mon objet) le plan suivant :
I) L’histoire et la géographie du vaudou
II)
Le vaudou et la politique. La cérémonie du Bois Caïman : le
vaudou et la formation de la nation haïtienne.
III)
Le vaudou haïtien, la vie et la mort. Le vaudou est-il une
religion ?
IV)
Le vaudou
et l’économie
des Haïtiens
V)
Le vaudou et l’art en Haïti :
- la peinture :
- la musique
- la littérature
I)
La géographie et l’histoire du vaudou
A) Les aires principales du vaudou aujourd’hui :
1) L’Afrique : le Bénin (l’ancien Dahomey),
le Nigeria, le Togo, la Guinée, etc. En général, l’ancienne « côte des esclaves ». Le mot que
l’on y entend est celui de vodun ou vodoun.
Les ethnies majeures du vodoun africain sont : les Fon
(ou Fong), les Allada, les Yoruba. Abomey et Ouidah (Dahomey) sont aujourd’hui
deux sites de référence pour remonter aux sources du vaudou de la
« disapora » noire.
2) L’Amérique : le Brésil, essentiellement où le vaudou prend le nom
de candomble (de macumba, aussi). L’État
de Bahia : la ville de Salvador de Bahia (« Bahia l’Africaine »,
la surnomme-t-on) est un site de référence. Les rites et le vocabulaire vodoun
africains y sont conservés avec une grande pureté.
Moins important, en Amérique du Nord, est
le vaudou de la Nouvelle Orléans… Il y est
résiduel, presque anecdotique, mais existe.
3) Les Antilles
Cuba : la santerίa
Haïti : le vaudou
haïtien.
Nota 1 : Il existe
un vaudou
maghrébin : le gnaoua.
Georges Lapassade Essaouira écrit que « Les Gnaoua sont des musiciens afro-maghrébins dont la culture est issue
de la déportation esclavagiste […]. Les
musiciens […] chantent […] les devises des entités surnaturelles :
celles des saints de l’islam maghrébin et celles des entités dites soudanaises,
les mlouk (melk au singulier), qui correspondent aux loa du vaudou haïtien, aux rab
du ndöp wolof, aux zâr du culte
éthiopien qui porte ce nom ». (Georges Lapassade Essaouira, in Zellige, N° 3, octobre 1996. © Service
Culturel, Scientifique et de Coopération de l’Ambassade de France au Maroc). On
apprend aussi, dans cet article éclairant, que le gnaoua présente un « rite
de possession » mais « ne comporte pas de transe ».
Nota 2 : La
conséquence orthographique française et francophone de la réalité qui nous
réunit ce soir : vodun, vodoun (pour l’Afrique) ; vodou (Haïti
« intérieur) ; vaudou (France et Haïti « extérieur »). Je n’ai
pas encore examiné la situation
orthographique de la Belgique et celle du Canada. Je m’efforce de
toujours écrire vaudou.
B) L’existence de ces lieux du vaudou est le résultat de
l’histoire : la traite européenne des esclaves noirs
et le « commerce triangulaire » sont connus. Deux lieux de mémoire du
départ d’Afrique : l’île de Gorée (Sénégal), la ville de Ouidah (au
Dahomey, aujourd’hui le Bénin). Cette conférence n’est cependant pas un cours
d’histoire…
Je rappellerai néanmoins qu’il a existé aussi une
traite
arabo-musulmane des esclaves africains et une traite interafricaine.
Pour ne prendre que trois auteurs connus, voir Marc Ferro, Louis Sala-Molins,
OlivierPétré-Grenouilleau.
C) Une remarque importante :
Les Africains disent le
vodoun et les vodoun. Comme, dans
l’Afrique traditionnelle, les choses, leurs noms et les représentations n’ont
pas sensiblement bougé, il est aisé d’entendre et/ou d’observer aujourd’hui
cette différence qui existait déjà au XVIe siècle africain (et avant).
Récemment, en 1992, à Ouidah 92, on
pouvait entendre les Africains traditionnels nommer clairement cette différence
du singulier et du pluriel. A Ouidah, le vodoun est le dieu, les vodoun sont
des dieux plus proches de l’homme. Quant aux Haïtiens, ils disent seulement le
vaudou et les loas (moi,
j’écris : louas, dans mes textes ; c’est ce que j’ai toujours
entendu). Les louas des Haïtiens sont les vodoun
de l’Afrique. Cependant l’unité du vaudou est évidente aux deux rives de
l’Atlantique sud. Les intervenants africains de la réunion de la diaspora
vaudoue de Ouidah (Ouidah 92) ne
cessent de montrer ou de reconnaître cette continuité.
II)
La cérémonie du Bois Caïman et le
vaudou.
Cette cérémonie eut
lieu dans la nuit du 13 au 14 août (ou du 21 au 22 août) 1791. Il y a débat
aussi sur le lieu exact ; même au sujet la participation de Boukman. Voir,
par exemple, David Geggus (Université de
Floride, USA), « La cérémonie du Bois Caïman », in Laennec Hurbon
(sous la direction de), L’insurrection
des esclaves de Saint-Domingue, Karthala, Paris, 2000). Mais quoi qu’il en
soit des querelles des historiens, dans l’ordre de la symbolique des
événements historiques, la cérémonie du Bois Caïman est, selon
certains commentateurs, l’équivalent de l’acte fondateur qu’est, pour les Français,
la prise de la Bastille. Mais on pourrait trouver comparaison plus ajustée. En
effet, la prise de la bastille est un acte militaire, à tout le moins, un fait
d’armes, qui achève le cheminement
conduisant à la Révolution. Or la cérémonie du Bois Caïman est faite
de paroles, celles de Boukman, en particulier, et de gestes, ceux de Boukman et
de la prêtresse négresse (voir le récit plus bas). Elle n’est pas militaire
mais proprement symbolique et prépare la révolution des esclaves
de Saint-Domingue. C’est pourquoi la comparaison que je défendrais volontiers est
celle qui rapproche cette cérémonie du Serment du Jeu de Paume et de ce qui
s’est passé de symbolique dans la salle du Jeu de paume à la fin du mois de
juin 1789. Par des mots incisifs, par des phrases choisies, on y frappa les
esprits, on y façonna les préparatifs d’une conscience révolutionnaire.
Là, le 23 juin, Mirabeau, s’adressant au marquis de Dreux-Brézé, commença à
donner aux mots leur pouvoir politique révolutionnaire : « Allez dire à votre maître que nous sommes
ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des
baïonnettes ». Là aussi, et à cette date, ont été prononcées des
paroles mémorables qui allaient fédérer la nation française. La Révolution, qui
attendait son « 14 juillet », a parlé par la voix de Bailly :
« la nation assemblée ne peut pas
recevoir d’ordres » (2), en réponse à ce
fameux message comminatoire de Louis XVI (habitué et habillé encore de son
« ordre »), que le marquis
de Dreux-Brézé venait de porter, dans la salle des séances (du Jeu de paume),
aux députés du « Tiers » assemblés, augmentés déjà des premiers
ralliements de ceux du clergé. Là encore, et à cette date, on prêta le fameux
serment du Jeu de Paume, que tous les élèves français connaissent (en tous cas,
doivent connaître). Au Bois Caïman, les esclaves présents à la cérémonie
prêtèrent le serment que rapporte la tradition : « Vivre libre ou mourir ! ».
Par son caractère
politique et par l’usage du vaudou comme moyen de fédérer tous les esclaves de
la colonie, la cérémonie du Bois Caïman est un moment capital de l’histoire
politique d’Haïti. Elle introduit de l’irréversible dans l’Histoire tout court.
Que s’est-il donc passé concernant le vaudou, qui nous réunit ce soir ? Comme
dans toute geste, l’acte du Bois Caïman a son héros : Boukman. Il parla aussi,
invoqua Dieu, nous rapportent des historiens : « Bondié qui fè soleil, qui clairé nou en haut ». Il y a aussi
une héroïne : Cécile Fatiman. Je ne peux m’empêcher de vous lire ce que tout
petit Haïtien a appris par cœur, dans son livre d’histoire, dès l’enseignement
primaire, au sujet de la cérémonie du Bois Caïman :
« C'est alors que Boukman entra en scène et
résolut de frapper et l'imagination et les sens.
Né à la Jamaïque, Boukman était un N’Gan
ou prêtre du vaudou, religion principale des Dahoméens. Sa haute taille, sa
force herculéenne l'avaient signalé au maître de l'habitation Turpin qui en
avait fait tour à tour un commandeur et un cocher. Sur tous les esclaves qui
l'approchaient, il exerçait un ascendant qui tenait du prodige.
Pour faire tomber toutes les hésitations
et obtenir un dévouement absolu, il réunit, dans la nuit du 14 août 1791, un grand nombre d'esclaves, dans une
clairière du Bois Caïman, près du Morne Rouge. Tous étaient
assemblés quand un orage se déchaîna. La foudre zèbre de
ses éclairs éblouissants un ciel de nuages bas et sombres. En quelques
instants, une pluie torrentielle inonde le sol, tandis que, sous les assauts
répétés d'un vent furieux, les arbres de la forêt se tordent,
se lamentent, et que leurs grosses branches mêmes, violemment arrachées,
tombent avec fracas.
Au milieu de ce décor impressionnant, les
assistants, immobiles, saisis d'une horreur sacrée, voient une vieille négresse se
dresser. Son corps est secoué
de longs frissons ; elle chante, pirouette sur elle‑même et fait tournoyer un
grand coutelas au‑dessus de sa tête. Une immobilité plus grande encore, une respiration
courte, silencieuse, des yeux ardents,
fixés sur la négresse, prouvent bientôt que l'assistance est fascinée. On
introduit alors un cochon noir dont les grognements se perdent dans le
rugissement de la tempête. D'un geste vif, la prêtresse,
inspirée, plonge son coutelas dans la
gorge de l'animal. Le sang gicle, il est recueilli fumant et distribué, à la ronde, aux esclaves; tous en boivent, tous jurent d'exécuter les ordres de Boukman. » (J.C. Dorsainvil, Manuel d’Histoire d’Haïti,
Henri Deschamps, Port-au-Prince, Haïti, 1924, § 41 « Boukman »).
La cérémonie du Bois
Caïman est un acte majeur, un mythe fondateur haïtien, presqu’un mythe
d’origine.
a) Par le sacrifice d’un cochon, par le sang bu, cette
cérémonie efface la blessure de l’âme maculée du souvenir des taches de la
capture sur la côte africaine ; ravive la nostalgie d’une origine perdue
; annonce la révolution structurée des esclaves noirs de Saint-Domingue (de
1791, année du soulèvement général des esclaves des plantations, à 1804, année
de l’Indépendance).
b) Cette cérémonie assume l’origine africaine et l’identité vaudou
de cette terre qui, le 1er janvier 1804, deviendra la première
République noire du monde. Sa généalogie africaine est attestée par ce passage
de la citation précédente : « Le sang gicle, il est
recueilli fumant et distribué, à la ronde, aux esclaves; tous en boivent, tous
jurent d'exécuter les ordres de Boukman ». Robin Law (Université de Sterling, Grande Bretagne) a
appelé « pacte de sang dahoméen »
ce partage de sang fumant de la cérémonie du Bois Caïman. Il a montré, à
l’appui de sa démonstration, qu’au Dahomey, au XVIIIe siècle, il existait une
cérémonie appelée « boire le vodun »
ou « boire la terre ». Les
participants devaient se passer le récipient contenant le sang du sacrifice.
Robin Law écrit : « En 1791, la
cérémonie du Bois Caïman, peut être clairement définie comme un serment rituel,
type dahoméen… ». Voir Robin Law, « La cérémonie du Bois Caïman
et le « pacte de
sang » dahoméen », in Laennec
Hurbon (sous la direction
de), L’insurrection des esclaves de
Saint-Domingue, Karthala, Paris, 2000).
c) Entre les deux, s’intercalent la mémoire et la création
d’une réalité nouvelle dans laquelle se donnent et se voient les actes
originaux du vaudou haïtien : en effet, si le vaudou haïtien est originellement
africain (vodun, vodoun), il est aussi originalement haïtien. Robin Law a
poursuivi ainsi la phrase que j’ai interrompue : « …même si on ne retrouve pas certains de ces
détails dans la tradition haïtienne ». On pourrait démontrer que c’est
parce que, entre autres, la les représentations européennes (France,
essentiellement, dans le cas d’Haïti) et le christianisme sont passés par là.
Voir plus loin le syncrétisme catholico-vaudou.
Du point de vue de la
conscience historique d’un peuple, le vaudou haïtien assume une continuité et
une rupture. La langue créole témoigne de l’origine africaine de ce vaudou en
gardant les traces morphologiques déformées du lexique africain : le rite rada (Alladah du Bénin) ; les
louas guinin (Guinée), les louas nago (Nago ou Anago du Nigéria), les
louas congo (… sans traduction), etc
…
III)
Le vaudou haïtien, la vie et la mort
A) Le vaudou est-il une religion ?
Le grand texte de Moreau de Saint-Méry - Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'île de Saint-Domingue, Paris, 1797- atteste d’une présence déjà fixée du vaudou à Saint-Domingue :
« […] Le calenda et le chica ne sont pas les
seules danses venues d'Afrique dans la colonie. Il en est une autre qu'on y
connaît depuis longtemps, principalement dans la partie occidentale, et qui
porte le nom de vaudou. Mais ce n'est pas seulement comme une danse que le
vaudou mérite d'être considéré, ou du moins il est accompagné de circonstances
qui lui assignent un rang parmi les institutions où la superstition et les
pratiques bizarres ont une grande part.
Selon les nègres Aradas, qui sont les
véritables sectateurs du vaudou dans la colonie et qui en maintiennent les
principes et les règles, vaudou signifie un être tout‑puissant et surnaturel,
dont dépendent tous les événements qui se passent sur ce globe. Or, cet être,
c'est le serpent non venimeux, ou une espèce de couleuvre, et c'est sous ses
auspices que se rassemblent tous ceux qui professent la même doctrine.
Connaissance du passé, science du présent, prescience de l'avenir, tout
appartient à cette couleuvre, qui ne consent néanmoins à communiquer son
pouvoir et à prescrire ses volontés que par l'organe d'un grand‑prêtre que les
spectateurs choisissent, et plus encore par celui de la négresse, que l'amour
de ce dernier a élevé au rang de grande‑prêtresse ».
(Moreau de Saint‑Méry, Description
topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française
de l'île de Saint-Domingue, 1797. Cité par : Pierre-Olivier Chanez,
Le vaudou Enquête
au pays de zombis,
éditions de Bressac, Boulogne, 1997, page 39 ; et par Pierre Pluchon, Vaudou sorciers empoisonneurs De
Saint-Domingue à Haïti, Karthala, Paris, 1987, page 85).
Ce texte nous donne
une indication sur la fonction du vaudou il y a déjà deux siècles. Outre qu’on
y remarque que le vaudou est déjà une pratique constituée de la mentalité des
esclaves de Saint-Domingue, on y lit aussi que le vaudou règle le rapport de
l’esclave –bientôt le citoyen haïtien (en 1804)- au temps et à l’existence,
par conséquent à la vie et à la mort. Moreau de Saint‑Méry nous
apprend qu’il y a dans le vaudou de 1790 :
-
« un être tout‑puissant et surnaturel, le
serpent non venimeux, ou une espèce de couleuvre, dont dépendent tous les
événements qui se passent sur ce globe » ;
-
« c'est sous ses auspices que se rassemblent
tous ceux qui professent la même doctrine » ;
-
« Connaissance du passé, science du présent,
prescience de l'avenir » ;
-
« un grand‑prêtre et plus encore [une] grande‑prêtresse » ;
-
« circonstances qui lui assignent un rang
parmi les institutions où la superstition et les pratiques bizarres ont une
grande part » ;
-
« qui porte le nom de vaudou ».
Pour l’essentiel,
cette description du vaudou n’a pas changé aujourd’hui. De plus, il est évident
que nous avons là tous les éléments premiers d’une pratique religieuse :
dieu, croyance, pratiques, existence (les actes des homes vaudous sont insérés
dans le temps et l’espace selon les règles d’un destin). L’homme, dans le
vaudou, ne fait rien qui ne soit en relation et dépendance d’un être supérieur.
B) Mais le panthéon
vaudou haïtien procède d’un polythéisme : car même si, examiné sous un certain
angle, le vaudou a un Dieu (= le Dieu chrétien ou le Grand-Maître), les hommes
n’ont pas directement commerce avec lui mais avec des dieux ou, mieux, des esprits,
qu’on appelle des louas. Nous avons vu la même nuance, le même étagement
ontologique : le dieu, les dieux, les hommes. Cet étagement qui
vient d’Afrique va pouvoir se glisser sans difficulté dans l’étagement
ontologique chrétien : Dieu (la sainte trinité), les saints, les hommes.
Cependant la différence entre le vaudou haïtien et le catholicisme est
énorme : ici, un polythéisme effectif, là, un monothéisme. Ici, les louas
sont autonomes et tout puissants, on les sert directement et eux seuls ;
là, comme vous le savez, le saint chrétien doit intercéder auprès de Dieu.
Dans la pratique
réelle du vaudou, l’Haïtien vaudouisant ne vit pas la différence des deux
religions car elle est résolue dans le syncrétisme
catholico-vaudou. Un vaudouisant passe sans difficulté d’un loua (vaudou) à un saint
(chrétien). Par exemple, dans le service vaudou dédié à Ogou-féraille, loua
forgeron, dieu guerrier, le vaudouisant voit et vit
l’adoration chrétienne de saint Jacques le Majeur, dont la lithographie peut
d’ailleurs abondamment tapisser les murs du houmfo ; Legba est saint
Lazare ou saint Antoine l’Ermite tandis qu’Agoué, le loua marin, a pu être vu
en saint Ambroise. De même, au milieu des chants et des danses de la cérémonie
afro-vaudoue, le vaudouisant peut chrétiennement –avec une foi
parfaitement sincère- et catholiquement –avec le
« geste » de la messe en latin- chanter un Ave, un Pater noster ou
un De profundis… Autre exemple :
par jugement de la foi chrétienne, on appelle païens
certains pèlerinages haïtiens. Mais en réalité ils sont à la fois, vaudous, chrétiens
et païens. Non loin de Ville Bonheur, à Saut-d’Eau et à la grotte Marie-Jeanne,
où l’on va « se spiritualiser », prier ou jeter un sort à l’ennemi
qu’on envie, c’est par les mêmes mots créoles, français ou latins, c’est par
les mêmes gestes, dont la religiosité ne fait aucun doute, qu’on célèbre les louas
vaudous et les saints catholiques. Le
corps de l’homme, de la femme ou de l’enfant y devient religieusement
polysémique. On célèbre en ces lieux le loua, le Grand Maître et Dieu dans une
allégresse librement païenne, imbibée ça et là d’une nudité partielle aux seins
reluisant d’une limpide eau ruisselante et qui scintille au soleil chaud de
midi. Tel est le syncrétisme catholico-vaudou.
Nous touchons là
l’originalité absolue du vaudou haïtien, originalité qui nous est donnée par le
paradoxe de l’Haïtien vaudouisant : il est chrétien et pratiquant du vaudou. Pour dire vrai, je
vais reprendre une formule que j’ai créée ailleurs (3) : l’Haïtien est catholique par devant et vaudouisant par derrière, et
ce, à cause de la duplicité créée en lui par le catholicisme forcé qu’ont vécu
les esclaves qui ont été poussés à le former en tant que mémoire d’Afrique. Cette
situation psychologique complexe, incompréhensible voire inacceptable pour un
esprit « étranger » aux affaires du vaudou, est ce qu’on appelle donc
le syncrétisme catholico-vaudou, concept qui
résout, dans l’ordre de l’existence, le
paradoxe, ce qui est de l’ordre de la logique. L’esprit du vaudouisant n’est
pas torturé par les turbulences de l’incompatibilité logique de servir
simultanément deux religions.
C) On ne peut cependant pas
nier que, malgré ce syncrétisme indéniable, des critères existent qui
distinguent très nettement le vaudou haïtien et le catholicisme. Parmi ces
critères, je retiens principalement :
-
le
sacrifice
cérémoniel et rituel d’animaux (coq, poule, cabri) ;
-
l’union
mystique avec le loua (voir le « gros bon-ange » dans le glossaire) ;
-
le
manger-loua ;
-
la
possession
et la transe ;
-
le
mariage
charnel avec un loua ;
-
et
autres critères…
D) le zombie
Avec
le zombie, nous abordons l’absolument haïtien du vaudou haïtien, par conséquent,
l’absolument haïtien du vaudou tout court. Haïti vit par et avec le zombie, qui
est partout, tant et si bien qu’il structure la peur première des Haïtiens,
celle de devenir un jour zombie. Du zombie haïtien il y a tant à dire que le
sujet épuiserait le temps entier d’une conférence. Je me contenterai de ce
qu’en dit Alfred Métraux : « les zombi sont des morts vivants, des
cadavres qu’un sorcier a extraits de leur tombe et réveillés par des procédés
mal connus » (Alfred MÉTRAUX, Le vaudou haïtien, Gallimard, Paris, 1958,
page 250). Je me contenterai aussi de vous lire un court extrait de ce que René
Depestre a créé, en littérature, à propos du zombie, dans son très brillant
Prix Goncourt 1988 :
Pour
continuer avec le zombie (sans épuiser le sujet), je pourrai, à la fin de la
conférence, vous parler de ce que j’en sais, personnellement, de plus ou moins
vrai…
IV) L’économie
du vaudou :
Quelques observations et réflexions.
Haïti est un des pays
les plus pauvres du monde (presque la fin de la liste). La pratique du vaudou
exige des dépenses importantes : les habits de cérémonie, les achats pour
les offrandes, les réceptions pour certains manger-loua,
les émoluments du houngan, etc. Les gens qui n’ont pas d’argent
s’endettent : des fesse-mathieux gourmands les attendent pour des prêts à
réméré exorbitants, puis c’est l’envoi de l’huissier quand le remboursement ne
se fait pas. Pour ce que j’ai pu observer, l’économie du vaudou ne peut que
contribuer à déséquilibrer l’économie nationale. C’est de l’ordre du simple bon
sens : l’endettement massif et sans limites des particuliers pour des
dépenses qui ne produisent pas des biens économiques n’est pas économique.
Il existe une
circulation de l’argent à l’intérieur du monde vaudou. Un rapport de force
économique s’y installe d’où le houngan tire quelque pouvoir économique, en
supplément de son pouvoir spirituel.
On pourrait, sans
épuiser le sujet pour autant, méditer sur ce passage éclairant d’Alfred
Métraux :
« […]
Bien plus, il existe des loa banquiers –voire même usuriers- qui prêtent de
l’argent à leurs fidèles dans le besoin, bien que les Haïtiens n'aiment pas
avoir un « mystère » pour créancier. Les loa ont la réputation d'être
impitoyables en affaires ; on risque gros si en ne fait pas face aux échéances.
Le goût de la spéculation peut pousser un loa à placer ses économies chez un
négociant dont il attend de bons dividendes. Pour les raisons qui viennent
d'être exposées, les fidèles n'acceptent ce dépôt qu'à leur corps défendant,
mais rares sont ceux qui osent se dérober. Cependant, l'argent qu'un loa donne
à un fidèle par l'intermédiaire d'un possédé est un argent bénit qui porte chance.
[…]
La
protection des loa n'est jamais entièrement gratuite. Celui qui en bénéficie
contracte envers eux des « obligations » précises : les plus importantes sont
naturellement les sacrifices et les offrandes (manger‑loa) qui doivent être
faits à intervalles plus ou moins réguliers, mais l' « obligation » peut aussi
être une « promesse » (voeu formulé à l'occasion d'une cérémonie spéciale), la
participation à certains rites, ou enfin l'obéissance aux ordres que les loa
transmettent en rêve ou par le truchement clés possédés.
Résister
à la volonté d'un être surnaturel est un acte de « rébellion ». Or, dans toute
famille haïtienne, la colère des parents ne connaît plus de bornes lorsqu'ils
soupçonnent leurs enfants de ne « rebeller », c’est‑à‑dire de désobéir avec une
intention de défi.
La comptabilité des loa est aussi méticuleuse que celle d'une « revendeuse ». Ils prennent note des présents qu'ils reçoivent en retour de leur faveur et n'oublient pas les « promesses » qui leur ont été faites. J'ai recueilli, au cours d'une invocation de loa, clés propos fort révélateurs à cet 'égard : les esprits avaient été appelés par Lorgina qui désirait les consulter sur la maladie de Tullius, son fils adoptif. Quand Ogou‑balîndjo entendit le nom du jeune homme, il s'écria : « Qui? Tullius? Je ne connais pas. De qui parlez‑vous? ». Quand on lui eut expliqué qu'il s'agissait de son protégé qui était souffrant et implorait son secours, le loa dit d'un ton méprisant : « Celui‑là ne m’a jamais rien donné. Il gagne cependant beaucoup d’argent, mais il ne m'a jamais fait de cadeau. Il ne me semble guère se soucier des loa. ».Ce fut ensuite au tour d'Ezili‑batala de ne plaindre : « Je suis un loa‑racine de Tullius, dit‑elle, il ne m’a pas achetée et cependant il ne m'a pas offert la moindre bamboche. Sak vid pa kâpé (un sac vide ne se tient pu debout) ». Par ce proverbe, elle laissait entendre que les loa, dépités par la négligence de Tullius, l'avaient abandonné et refusaient de descendre dans sa tête pour le protéger contre les maléfices. » (Alfred Métraux, Le vaudou haïtien, Gallimard, 1958,pages 83-85). On ne peut pas être plus clair.
J’ajoute
qu’il existe un calendrier vaudou : chacun des douze mois de l’année civile
(ou catholique) est réservé à un loua ou une famille de louas (ou nanchon). Par exemple, le mois de
janvier est celui des louas rada,
juin est réservé au loua Ogou, le mois de novembre est le mois des louas guédé, tandis que décembre est celui des
louas pétro. Relativement aux considérations
économiques que j’évoque devant vous, cette information n’est pas sans intérêt
car, pendant son « mois », le loua exige de celui qui l’honore des
couleurs de tissus (qu’il doit acheter), telle sorte de repas (dont il doit se
procurer impérativement les ingrédients parfois très chers), prescrit des actes
propitiatoires précis et d’une certaine importance (sacrifice d’un taureau, par
exemple)… Bref, selon la période de l’année, beaucoup de dépenses naissent du
vaudou alors que l’économie réelle du pays est dérisoire. Pour honorer son
loua, pour être en paix avec sa conscience de fidèle, le vaudouisant emprunte,
même au plus fort taux, s’il le faut. L’économie religieuse du vaudou endette l’homme
et déséquilibre l’économie réelle nationale. Mais, sans pour autant nier
l’impact social de ce rappel, on pourrait atténuer la portée de ce constat en
rappelant que c’est le lot de tous les peuples qui confient leur destin aux croyances
et aux religions sacrificielles. Que l'on pense à l’Inde des processions géantes vers Bénarès;
à l’Asie des chamans; à l’Amérique précolombienne puis « indienne » ou à celle, caraïbe, des zemi et des butio du peuple taino de l'île de Bohio ou Haïti; et à l’Afrique, même non vaudoue.
V) Le vaudou
et l’art en Haïti :
1) la peinture :
Sachez que beaucoup de tableaux de la peinture haïtienne sont inspirés soit
directement soit indirectement par le vaudou. L’explosion de la peinture
« naïve » haïtienne depuis
les années 60 (à la suite des textes d’André Breton, de Césaire, d’André
Malraux) s’est accompagnée d’une présence accrue de la référence au vaudou.
L’un de ces tableaux, peint par André Normil, a pour titre Le Bois Caïman. On y voit des vèvè
de louas, d’Ogou-féraille principalement, qui sont tracés sur le sol des actes
où officie la mambo, laquelle vient d’égorger le cochon noir du sacrifice. À sa
manière, le peintre a voulu entériner, voire sanctifier, l’appartenance de la
cérémonie du Bois Caïman à la sphère sacrée des mythes fondateurs de la
conscience haïtienne.
3) la musique : une gamme importante de
musiques proprement vaudoues.
Mais, dans la vie courante des fêtes et des
réjouissances, la musique vaudoue ou d’inspiration vaudoue est victime de la
lutte des classes (ces dernières années, la situation a un peu changé). Quatre
exemples de cette exclusion du vaudou :
- faible
diffusion à la radio ;
- faible
présence dans les bals et surprises-parties : quand on « passe »
ces morceaux vaudous, les danseurs et les danseuses s’assoient comme pour se
reposer ; les danseuses invitées disent qu’elles ne savent pas
danser le yanvalou, le pétro, etc. La piste de danse devient
vide. Elle se remplit quand on change de rythme.
- les
danses vaudoues sont totalement absentes de certaines boîtes de nuits où vont
les classes sociales aisées ;
- le
carnaval officiel (dans les villes) n’est pas vaudou, même si le rythme de sa musique est marqué fortement
« africain ». Mais, après le mercredi des cendres, les bandes raras
(interdites en ville) sillonnent les campagnes –ces parties du territoire que
les Haïtiens appellent l’« en deho »-
et diffusent les musiques vaudoues en
dansant à la manière africaine traditionnelle ou sous l’influence des louas. Je
vous fais écouter des extraits Toto Bissainthe, une de nos voix féminines nationales,
chantant Soley Danmbalab et Papa Loco.
2) la littérature :
Je viens de vous lire un extrait d’Hadriana
dans tous mes rêves de René Depestre (Prix Renaudot 1988). Beaucoup
d’autres auteurs haïtiens mettent en scène le vaudou, à divers titres, sous ses
différentes facettes. Je me contenterai de vous citer, outre René Depestre,
quelques grands noms haïtiens contemporains et du XXe siècle : Jacques
Roumain, Jacques Stephen Alexis, Jean Métellus,…Voir aussi la bibliographie
indicative distribuée. Dans ce registre de l’écriture, il ne faut oublier la
production théâtrale.
CONCLUSION
L’université
Inter-âges de Meaux m’a demandé de vous parler du vaudou. Je vous ai dit au
début de mon intervention combien était vaste et quasi insurmontable
l’entreprise d’une conférence d’une heure sur un sujet si vaste et complexe. Chemin faisant, vous avez dû
prendre conscience et connaissance de cette complexité, ce dont vos nombreuses
questions –vu l’interactivité de la
séance- ont pu témoigner. Je pense vous avoir néanmoins donner une sorte de
clef pour entrer dans le vaudou, qu’il s’agisse du vaudou africain ou du vaudou
haïtien car, même restreint au champ spécifique du vaudou haïtien, mon exposé a
souvent évoqué l’Afrique des origines de la diaspora vaudoue. Mon souhait est
de revenir, une ou plusieurs fois, vous exposer certains aspects du vaudou
haïtien que la courte durée d’une heure m’a conduit à exclure. L’heure qui sera
consacrée à vos questions devrait néanmoins permettre d’en aborder quelques
uns.
---------------------------------
Notes :
(1) Conférence donnée dans le cadre de l'université inter-âges de la ville de Meaux, Seine-&-Marne, France.
(2) Cité par Jean MICHAUD,
Les États généraux et le 14 juillet 1789,
Éditions sociales, Paris, 1960, page 72.
(3) Dans Madame Margot, œuvre accessible par ce site.
Castel JEAN
Glossaire (partiel)
du vaudou haïtien
(Adapté et restreint au
contenu de la conférence)
1) Les hommes dans
le vaudou :
La-place : le la-place est le maître
de cérémonie, assistant du houngan ou de la mambo.
Houmfo : espace sacré
(« temple ») dans lequel se déroulent régulièrement des cérémonies
vaudoues (qui sont secrètes). On y procède au sacrifice des animaux qui seront
immolés pour que les louas « descendent »
dans la tête d’un participant. On notera qu’un loua ne « possède » et ne « chevauche » pas toujours le même
homme ou la même femme. Avant la cérémonie, personne –même pas le houngan- ne
sait qui recevra le loua.
Le houmfo
s’organise autour du poteau-mitan, où sont déposées les
offrandes.
Vèvè : dessin ou ensemble de
dessins symboliques tracés sur le sol (du homfo, le plus souvent) et figurant
l’emblème d’un loua ou d’une famille de louas (une nanchon). Le houngan ou la mambo les trace avec de la farine, de la
chaux, de la cendre ou toutes sortes de poudre de préférence blanche, claire.
Le vèvè introduit la protection du
loua et prépare le lieu à le recevoir et à rendre possible la possession puis
la transe vaudoue. Alfred Métraux écrit : « Ces vèvè manifestent sous une forme tangible la présence de la divinité »
(page 147). Voir chapitre 29 pour un
beau vèvè.
Kanzoué ou kanzo : celui ou celle qui a été initié –on devrait
dire, par un emprunt au catholicisme, « baptisé »- au vaudou, mais
qui n’est pas un houngan ni une mambo. Cette initiation est secrète et protège
l’individu des maléfices vaudous. Le « kanzouage » (mot qui n’existe
pas dans le vocabulaire vaudou) se fait souvent pendant l’enfance. Nota :
tous les Haïtiens ne sont pas kanzoués.
Gros bon-ange : principe spirituel,
« âme » qui « dirige la
vie affective et intellectuelle du vaudouisant » (Laennec Hurbon, Dieu dans le vaudou haïtien, Payot, p.
110). C’est la part spirituelle chrétienne ou naturelle qui est en tout homme.
Petit bon-ange : second principe
spirituel du vaudouisant. Il remplace le gros
bon-ange, chassé par le houngan de la tête de l’initié au moment de
l’initiation. Le petit bon-ange est en quelque sorte, la part vaudoue, l’esprit du loua, qui est dans la tête
du vaudouisant. Sa présence explique la cérémonie du dessounin (item suivant) qui a lieu après la mort.
Dessounin : Le dessounin nous introduit dans la
relation que le vaudouisant entretient avec la vie, l’existence et la mort.
2) Les louas :
Au commencement, il y
a un créateur du monde, que le vaudou n’honore cependant pas en tant que tel,
même si le vaudouisant nomme ou invoque souvent un Gran-Maît’ (influence de la franc-maçonnerie ?) ou un Papa Bon Dié (connexion évidente et
attestée avec le Dieu chrétien). En tout cas, quand il va à la messe, il honore
et prie le dieu créateur judéo-chrétien, ce qui ne le gêne point (voir les
développements précédents sur le syncrétisme catholico-vaudou).
Le vaudou a et honore des
« dieux », qu’on appelle loas (je préfère dire loua). Ce sont des divinités
anthropomorphes ou zoomorphes. On peut dire des louas que ce sont des « esprits ». Les louas sont
nombreux, ce qui ferait du vaudou une
religion polythéiste, si les louas étaient de véritables dieux. Les louas ne
sont pas de véritables dieux mais sont des intermédiaires polymorphes entre
l’invisible (Gran-Maît’, Dieu) et le visible (humain). Alfred Métraux
écrit : « le panthéon vaudou » pour rappeler la
ressemblance du système des louas du vaudou avec la mythologie grecque. Le
séjour des louas s’appelle Ville-aux-camps (ou vilokan).
Quelques louas
du « panthéon vaudou » :
- Agoué ou agoué-taroyo (surnommé Têtard-l’étang): loua de la mer, protecteur des hommes et des femmes qui ont à faire avec la mer ou qui vont sur les eaux en vue des terres lointaines (On peut imaginer les gens des boat people haïtiens contemporains implorer Agoué soit avant de partir, soit au moment où les choses se gâtent pour eux et que la mort les assaille... Alfred Métraux écrit au sujet d’Agoué : « Ce Neptune haïtien ».
- Legba : le dieu
qui ouvre la barrière. Rien de sérieux ne peut commencer dans le vaudou
sans avoir invoqué et servi Legba.
- Damballah : dieu
serpent. C’est une divinité de l’eau : un bassin d’eau est toujours là
quand Damballah « descend » dans une tête. Damballah est aussi le
dieu arc-en-ciel et le dieu éclair. L’eau, l’arc-en-ciel, l’éclair apparaissent
dans son vèvè.
- Aïda-ouèdo est la femme
de Damballah… Mêmes attributs, même pouvoir.
- Èzilie-fréda ou Èzilie-fréda-Dahomey :
« déesse » de la beauté et de la séduction. Un homme peut se marier
avec Erzulie.
- Chango : dieu de la
guerre et de la colère
- Baron Samedi : dieu
de la mort et du cimetière. C’est lui qui vient chercher le vivant contre
lequel un maléfice mortel a été « envoyé » pour le convoyer vers les
forces des Ténèbres. Ce mort deviendra un zombie. Les deux autres barons de la
famille des gestionnaires de la mort : baron La-croix, baron
Cimetière…
- Marinette-bois-chèche :
cette loua est une chouette. C’est la chouette cannibale du vaudou
haïtien : elle suce le sang de l’homme ou de la femme dont on lui a
« donné » le petit bon-ange
à la suite d’un pacte et est très féroce. Les loups-garous
(« sorciers », bien que le terme soit inapproprié au vaudou) lui font
des sacrifices propitiatoires, qu’elle vient consommer à la nuit tombée.
- Simbi : loua gardien
des sources et des mares, de l’eau, en général. L’homme ou la femme qui est
« monté » (possédé) par un loua
simbi réclame continuellement de l’eau et recherche la proximité des sources ou
des lieux d’eau de l’habitation. Les louas simbi sont réputés capables
d’enlever les beaux enfants au teint clair qui vont puiser de l’eau à la
rivière ou s’y baigner pour les mettre à leur service. Ils les libèrent
ensuite…
- etc…
Des louas peuvent former des familles. Ce
sont des nanchons (entendez : nations, en
français), dont les noms sont africains, des noms de certains États ou groupes
ethniques contemporains. Exemples : les nanchons guédés ou les nanchons nagos, radas, etc.
-----------------------------------------
Bibliographie indicative
sur le vaudou
(distribuée aux
auditeurs de la conférence)