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internautes ont déjà visité le site
Barack Obama dans le site
Pour vous rendre plus
claires et directement accessibles les notes de mon blog politique qui évoquent
Barack Obama, je les ai rassemblées dans cette page web. Vu que vous êtes
nombreux à vous procurer sur le site la lecture de mes écrits, c’est la moindre
des choses que de vous offrir ce « raccourci ». Comme vous avez pu le
constater, les « stats » des visites du site sont très favorables. Je
vous en remercie du fond du cœur.
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Vendredi 4 avril 2008, vers 7h50 : « un candidat noir » ou un candidat américain ?
Sur France Inter, je viens d’entendre Laurent Joffrin, armature solide de la rédaction du quotidien Libération. Il rappelait l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968. Laurent Joffrin s’est bien acquitté de sa tâche. Quel journaliste démocrate eût d’ailleurs été mal à l’aise pour parler de ce très grand « petit » pasteur baptiste que fut Martin Luther King !
Mais où Laurent Joffrin a-t-il vu que Barack Obama était « un candidat noir » ? Pourquoi n’a-t-il pas vu que Barack Obama est un candidat « blanc », puisque cet Américain de la quarantaine est métis ? Cette expression de Laurent Joffrin m’a rappelé le gardien de nuit de la maison où j’habitais en Côte d’Ivoire, quand j’y enseignais la philosophie. Ce gardien a dit à mon fils métis : « Toi, petit Blanc, quand tu seras grand, tu vas gagner beaucoup de diplômes… » (Sous-entendu, parce qu’il est Blanc). En quoi mon fils métis, né d’une Blanche et d’un Noir, était-il (est-il) plus blanc que noir ? Alors monsieur Laurent Joffrin, en quoi Barack Obama, né métis d’une Noire et d’un Blanc, est-il un Noir et pas un Blanc ? Il n’est « un candidat noir » que si celui qui le voit est et se voit lui-même d’abord dans la posture d’un « Blanc », comme les Blancs du sud des USA ou d’Afrique du Sud voyaient des Noirs partout où ils ne voyaient pas des Blancs « purs », comme le gardien de nuit ivoirien voyait mon fils en "Blanc" parce qu’il se voyait en Noir « pur ». Ce jugement « chromocentré » cache à la fois une inclusion et une exclusion, qui, au demeurant, sont symétriquement et conjointement dangereuses.
Donc attention ! Il y a nécessité de dépasser cette vue étroite et dangereuse sur les hommes. À la rigueur, je serais indulgent envers le gardien de nuit analphabète, qui, non instruit, est ignorant des enjeux inconscients des mots qu’il emploie. Mais Barack Obama, vu comme « un candidat noir » par un journaliste français démocrate, j’ai tendance à être sans concession à l’égard de ce jugement « chromocentré ». Barack Obama est un candidat américain à la présidence des États-Unis. C’est simple et c’est tout.
En tout cas, c’est là que le bât blesse : du gardien de nuit ivoirien analphabète au journaliste français formé par une grande École, le même problème. Problème multiséculaire. Problème très vif à l’époque des sorties de croix en feu du Ku-Klux-Klan. Problème actif, en 1963, par exemple, à Salma, à Montgomery, à Memphis. Mais problème résolu dès le discours prononcé par Martin Luther King, le 28 août 1963, devant le Lincoln Memorial. Dommage que Laurent Joffrin n’ait pas tenu compte de cette résolution du problème des « races » dans sa chronique consacrée précisément à cet homme noir qui, ce jour-là, a pourtant déclaré : « J’ai un rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau mais par le contenu de leur caractère ». (À propos de Martin Luther King, voyez les pages que je lui ai consacrées sur ce site, dans : Qu’est-ce qu’être Noir en France à l’aube du XXIe siècle ?, pages 34 à 39).
Qu’on se le dise : un Métis n’est pas
plus noir que blanc et n’est pas plus blanc que noir. Comme le Blanc, comme le
Noir, comme le Jaune, comme le… etc., le Métis est, et est seulement, un homme.
Mercredi 4 juin 2008
Cette nuit, quelque chose de grand s’est passé dans l’histoire des États Unis : Barack Obama a été élu candidat à la candidature démocrate à la présidence des États Unis. Je remarque, au passage, que Bill Clinton n’avait même pas encore terminé son second mandat que des journalistes et des commentateurs politiques bombardaient déjà Hillary Clinton au « poste » de candidate à la candidature de la Présidence des États-Unis. Comme une autre candidate « fabriquée » par les media, l’ex-First Lady a échoué. La facticité ne paie pas toujours en politique. Apparemment, question succès (puisque telle est la raison d’être en politique), mieux vaut, concernant cette candidature, y penser « pas seulement en se rasant », en tout cas par soi-même. François Mitterrand et Jacques Chirac prirent aussi le long chemin (de croix) de la candidature de soi et par soi. S’agissant de la grande nouvelle de cette nuit, je ne peux pas écrire que cela s’est passé aux États Unis (tout court) car il faudra attendre les élections de novembre prochain puis attendre encore la mise en œuvre d’un « programme Obama » spécifiquement non américain, qui changerait significativement l’Amérique éternelle, celle de la ségrégation durable, de la puissance technique incomparable et de la présence politique planétaire, conquérante et dominatrice. Pour être franc, Chavez ou Castro engeignent et s’engeignent fort aujourd’hui, car ce n’est pas demain la veille du jour où l’on verra s’inverser l’américanisation de la planète (et peut-être bientôt celle des « planètes proches » de notre système solaire). À ma connaissance, Barack Obama n’a pas dit qu’il était anti-américain ou qu’il renoncerait à la doctrine géopolitique américaine qui prévaut à la Maison Blanche depuis plus d’un siècle (défendre les intérêts américains partout où ils sont menacés dans le monde, recourir à la politique du « big stick », la doctrine de Monroe,…).
Mais aujourd’hui, ce matin, ce qui est
certain, c’est que la non violence a gagné. Quarante ans après la mort violente de
Martin Luther King le non violent, quarante cinq ans après le discours
flamboyant et pathétique qu’il prononça, en 1963, devant le Lincoln Memorial,
l’Amérique de toutes les couleurs accepte, par le suffrage électoral, l’idée et
la probable réalité qu’un métis soit son Président. Martin
Luther King, sans aucune arme, n’a pas marché pour rien un jour d’août
1963 ! En leur silencieux fracas de pas de l’espoir posés avec conviction
sur un sol parfois brûlant, les marches d’Alabama, de Montgomery, de Salma
firent aussi l’Histoire. Il faut rappeler que, ces dernières années, la « minorité visible » des visages de
Colin Pauwels puis de Condoleezza Rice, dans les Administrations des Bush
(father & son), signifiait déjà la victoire de la non violence sur les
violences de type Ku Klux Klan aux États-Unis. Bref, ce matin de juin 2008, il
est clair que la non violence a vaincu. Tenant cette certitude pour ferme, nous
pouvons espérer et agir pour construire l’avenir des peuples et des cultures
niés.
Lundi 23 juin 2008 : le symbolique des temps à venir
Quarante cinq ans après l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, l’Amérique s’apprête à élire un démocrate filiforme et élégant à la Présidence de la République. Ce qui est aujourd’hui inouï et symbolique, c’est que, quarante ans après la décennie d’émeutes raciales des années soixante, l’Amérique a choisi un métis pour être son chef et le chef de ses armées, donc des armées du monde. Et le père de ce métis n’est même pas américain mais est africain. Qui l’eût cru, dans les années où parlaient, écrivaient et agissaient les James Meredith, Rosa Park, Martin Luther King, James Baldwin, Angela Davis, Cassius Clay, Malcolm X, Stockley Carmichael et la Black Panthers… ? Qui l’eût même pensé, quand bien même Martin Luther King l’eût rêvé en 1963 ?
En France, j’ai vu et entendu le symbolique ce midi, à la Knesset, le parlement israélien qui occupait entièrement l’écran informatif de BFM TV. Un siècle après « l’affaire Dreyfus », un Président de la République française est allé déclarer ses origines juives –« mon grand-père qui m’a élevé, qui était juif »- devant le Parlement israélien, conquis par un discours par ailleurs équilibré sur cet « Orient compliqué » depuis qu’Isabelle la Catholique a bouté les Sarrasins hors de Grenade et d’Espagne, en 1492. Qui ne voit là le symbolique qui accompagne et annonce l’avènement du siècle politique nouveau ? Il y a certainement du symbolique dans le renversement du fracassant : « un peuple conquérant, sûr de lui et dominateur », tel que par de Gaulle cela fut dit, en 1967. De Gaulle ne cesse pas d’être le plus grand Français du XXe siècle. Ce que je vais relever et très cursivement commenter n’est nullement le signifiant d’un sentiment partisan, mais Sarkozy, lui, a dit ce midi du peuple juif : « un peuple fort… [qui] a donné aussi au monde un trésor. Un trésor de savoir et un trésor d’humanité […] Où en serait le monde sans Spinoza, sans Freud, sans Einstein ? ». Dans ce passage du discours du Président de la République française, j’ai entendu un écho du long et sublime commentaire que Nietzsche, dans Aurore III, a fait du « sperni spernere » des Juifs méprisés, commentaire auquel j’ai modestement consacré quelques lignes ailleurs, en 1991 (Voir la page « Shoah » en salle obscure sur ce site). Par delà l’Orient qu’il veut rapprocher idéologiquement de l’Europe des Droits de l’Homme et du Citoyen, le discours présidentiel français vient de réconcilier les Juifs avec tous les autres peuples, avec le monde ! Partout –et surtout là où ils le furent- où ils ont été méprisés, les Juifs ont beaucoup donné au monde.
Addendum
du 8 juillet 2008 au premier paragraphe de l'observation du 23 juin 2008 : Ce soir, aux
informations, j’ai vu Condoleezza Rice assise autour d’une table, à côté du
Premier Ministre polonais. C’est elle
qui a signé le traité de défense anti-missile que veulent les USA pour se
défendre et défendre l’Europe de l’OTAN. Qui eût même imaginé, même au cours de
la décennie 1960, qu’une figure noire signerait un traité si important sur le
parafeur où signerait un Polonais, blond parmi les blonds, caucasien
« visible ». C’était réjouissant. Une autre victoire de la non
violence. Si Martin Luther King vit et voit cela –or il croyait en la vie après
la mort- il doit aussi se réjouir et savourer le fruit de ses marches de la non
violence. En tout cas, je me réjouis à l’idée qu’il puisse se réjouir. Ce soir,
la Noire « visible » à côté du Caucasien « visible », c’est
l'œuvre de Martin Luther King. Nous -les Noirs et les humanistes- lui en
sommes redevables.
Lundi 03 novembre 2008 : l’index politique Barack Obama
Barack Obama est une narration. Il raconte et exprime le dénouement heureux d’un discours qui n’a pas son égal dans l’Histoire. Si j’ai bien compris, c’est même jusque dans la mort que la vie d’Obama est une narration. La mort de sa grand-mère maternelle, celle qui est blanche, termine la narration dont le dénouement heureux est fixé à après-demain. C’est au cours d’un ultime meeting que l’homme a annoncé la mort de sa grand-mère, on a l’impression qu’il n’a pas pu s’empêcher d’essuyer des larmes qui ruisselèrent sur son visage. Pour avoir été élevé (de quatre à treize ans) par une grand-mère, je sais ce que doivent être ces larmes et quelle est l’ampleur de l’architecture intérieure qu’un petit-fils doit à une telle femme. Si l’expression « pierre angulaire » est effectivement une citation de Barack Obama, je la fais volontiers mienne. Requiem aeternam, pour deux grand-mères qui furent aussi mères. S’agissant de Barack Obama, l’homme politique, la disparition de sa grand-mère est certes la fin d’une vie mais elle raconte aujourd’hui une vie fulgurante, celle d’Obama, une trajectoire personnelle et la consécration éternelle du sacrifice de Martin Luther King, le père fondateur non violent de l’« obamania » actuelle, planétaire. De fait, partout dans le monde –je souhaite que ce ne soit point « par défaut », à cause de la détestation universelle de George Bush- Barack Obama soulève, depuis deux ans, une ferveur semblable à celle qu’ a soulevée le discours du 28 août 1963 dont il est l’enfant. Par la vertu de ce discours, Barack Obama est déclaré aujourd’hui frère des Colin Pauwels, des Condoleezza Rice et d’autres grands Noirs de l’administration et de l’armée américaines ; il est le frère puîné, « lawfull », de tous ces enfants de l’« Affirmative act », qui l’ont précédé, de « tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Catholiques et Protestants, Juifs et Gentils » (Martin Luther King) qui ont été conçus par la voix de justice d’un pasteur baptiste devant le Lincoln Memorial, le 28 août 1963.
Venons-en maintenant à ce qui est la cause de cette note du 3 novembre de mon blog de politique. De toute évidence, Barack Obama sera élu après demain le quarante quatrième Président des États-Unis d’Amérique. Dans une note ce blog datée du 04 avril 2008 (voir aussi les notes du 04 et du 23 juin 2008), j’ai déjà exprimé une double opinion à propos de ce métis, que les mauvaises habitudes langagières héritées (en Amérique et ailleurs) du vocabulaire de la ségrégation raciale américaine appellent improprement un Noir. Mais Obama président des USA le 4 novembre 2008, j’évoque cependant quelques problèmes et pose quelques questions :
1) Hugo Chavez a récemment injurié le « Yankee de mierda ». Obama est-il un Américain ? Oui. Chavez a-t-il dit qu’il n’incluait pas les Noirs et les Métis dans son exclamation méprisante ? Non. Donc, Barack Obama, Américain, est un Yankee... « de mierda ». Qui oserait penser que la couleur de la peau d’Obama freinerait la chasse antiaméricaine de Chavez ? Obama, le Noir, successeur de Bush, le Blanc, devra gérer « le cas » Chavez en Américain.
2) Barack Obama, candidat à l’élection présidentielle américaine, a promis de faire rentrer les « boys » d’Irak dans les dix huit mois qui suivront son élection. Ceux qui croient que parce qu’il est un Noir, il donnera une suite réelle à cette promesse, se trompent car sur le plan économique et social l’Amérique, même l’Amérique, ne peut pas absorber le retour soudain et compressé des 130000 GIs (effectif réel supérieur, à ce jour) envoyés en Irak durant cinq années de guerre antiterroriste. De plus, le gouvernement irakien, par un accord officiel, a demandé à l’Amérique de ne pas abandonner son pays au milieu du gué. Je vois mal Barack Obama, parce qu’il est un Noir, rompre unilatéralement un contrat militaire (la sécurité d’un État « ami »), économique et financier international. J’attends de voir ce qu’un Président américain noir, parce qu’il est noir, peut faire des accords internationaux de son pays. Je m’engage à dire que la couleur de sa peau ne peut rien changer à l’affaire, sauf à accélérer le retour militairement progressif et inévitable des « boys », qui est inévitable au fur et à mesure que l’Irak reprendra la place qui lui revient au sein des nations.
3) Si l’Amérique demeure l’Amérique, c’est-à-dire la toute première et puissante nation que nous connaissons aujourd’hui, le Président iranien Hamadinedjad deviendra-t-il un ami de l’Amérique ? Il est certain que les USA ne vont pas cesser d’être un inépuisable désir de puissance par la soudaine vertu qu’un Métis, devenu son Président, changerait la conception et le contenu d’une nation foncièrement multiraciale mais aussi hégémonique depuis deux siècles. Les tensions entre l’Iran et l’Amérique sont plus vielles que les huit années de Georges Bush et ne sont pas raciales mais géopolitiques.
Je m’arrête à ces remarques et problèmes, qui sont et demeurent sans solution « de couleur ». « Change we need » est le slogan de campagne (et de victoire) de Barack Obama : c’est vaste, vague et, paradoxalement, politiquement limité. Je formule une conclusion : Barack Obama, qu’on le dise Noir ou Métis, ne changera pas la place, la force et la présence hégémoniques de l’Amérique dans le monde. La couleur de la peau n’est pour rien dans l’action politique juste parce que la démocratie, la vraie, celle qui est née en Europe au XVIIIe siècle, a façonné des fonctionnalités non colorées et non ethniques à la fonction politique, de quelque niveau qu’elle soit. le 4 novembre au soir, Barack Obama sera élu Président des États Unis parce que la fonction politique que le peuple américain lui confiera dérivera de sa formation et de ses compétences (Harvard, avocat, talent d'orateur, la rigueur dans la conduite du raisonnement, etc.). Barack Obama a travaillé -dans tous les sens du terme- pour être ce qu'il est et devenir demain Président de la plus puissante nation de notre époque. Une "index" (le mot est féminin en latin) est ce qui montre, indique, annonce ; l'index révèle ce qui est caché, masqué ; l'index, c'est aussi la pierre de touche. L'élection d'Obama après demain sera tout cela à la fois. À l'intérieur de l'Amérique, pour le « black people », Obama est l'index de ce qui paraît caché au yeux des Noirs américains, à savoir la certitude qu'il existe une réussite du et par le travail, l'effort, l'abnégation, et ce, indépendamment de la couleur de la peau.
Néanmoins, je reconnais que son élection prévue le 4 novembre ne peut pas laisser indifférent le reste du monde, précisément parce qu’Obama est américain et, au sens des inclusions raciales et ethniques américaines, est « coloured », « black people », « american negro » (sive « Interdit aux noirs et aux chiens », au sens des exclusions américaines qui ont produit la ségrégation raciale). Le monde entier connaît l’histoire raciale et raciste des États Unis. S’agissant du « monde noir » en particulier, je peux dire que c’est la première et seule élection d’un Métis qui le concerne réellement. Sous ce double rapport (le reste du monde et le « monde noir »), l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis est absolument inouïe, unique, non reproductible et symbolique. Le soir de la victoire d'Obama du 4 novembre 2008, la planète entière verra à la télévision des images que personne n'a encore jamais vues : Noirs, Métis, Blancs se présenteront au monde dans et par le symbole d'une histoire de l'Amérique qui, elle, a changé, a irréversiblement modifié son cours quadriséculaire. Mardi soir, aux États Unis, un ordre sociopolitique nouveau sera présenté au monde pour signifier que le "black people" américain a vaincu mais sans avoir vaincu le Blanc américain. C'est l'Amérique qu'il aura vaincue. Le symbole sera si fort et éclatant que même les révolutionnaires les plus doctrinaires et les plus activistes du XXe siècle ne l'auraient imaginé se présenter si tôt dans l'Histoire du monde. Fidèle Castro, vivant, Régis Debray, vivant, "Che" Guevara, mort, Mao Tsé Toung, mort, ... voient et voyaient le capitalisme américain disparaître avant que ne se produise ce qui se produira après-demain (heure américaine), à savoir la présentation noire et métissée du podium de la victoire de Barack Obama. Après demain, on apprendra à nuancer à propos de l'Amérique : la ségrégation raciale a cessé d'accompagner le capitalisme américain. Qui a pu prévoir cette disjonction? Personne. En 1963, le discours de Martin Luther King annonça l'histoire à venir de la réconciliation de l'Amérique avec elle-même, le 4 novembre, au soir, le symbole Obama désignera, aux États Unis, l'histoire accomplie, la réalisation d'un « rêve », l'achèvement quasi messianique d'une mission d'exorcisme. L'Amérique expiera ses fautes inhumaines et soldera un passé honteux. Force est d'ailleurs de constater (avant l’heure, il est vrai, puisque nous ne sommes que le 3 novembre) que le vécu idéologique américain des rapports sociaux aura pris, demain soir, une voie différente de celle -le capitalisme triomphant- prise par l'économie. Je constate même qu'après demain la très grande Amérique du nord, sauf le Mexique, est symboliquement noir et métis. Je ne connais pas la répartition constitutionnelle et réelle des pouvoirs au Canada, mais Michaelle JEAN, une Noire d'origine haïtienne, née à Port-au-Prince, est le Gouverneur de cet État et, à ce titre, y est la représentante de la Reine d’Angleterre. Au plus haut de l'échelle politique, la représentation canadienne à l’étranger est aujourd’hui noire. À la commémoration récente du débarquement américano-canadien en Normandie, nous avons vu cette très belle et très élégante jeune femme noire marcher à côté de Nicolas Sarkozy. La représentation politique suprême du Canada se présente noire depuis trois ans. Et alors ? Et après ? Le Canada n’a pas cessé pour autant d’être le Canada. L’index Barack Obama n’est donc qu’une représentation symbolique mais il est « poiètique » et produit un effet : l'effet politique Obama, une sorte de jurisprudence du statut politique du "black people" américain du XXIe siècle. Pour faire un clin d’œil à un éditeur connu du Quartier Latin parisien, Obama est Dalloz … Le discours d’août 1963 de Martin Luther King incluait aussi cette représentation symbolique par la fonction politique comme moment indispensable pour la réconciliation de l'Amérique avec elle-même mais sans cessation d'état de nation. L'élection de Barack Obama le Métis ne vaut pas cessation de l'Amérique politique, je dirais, éternelle.
Je dis que c’est seulement « symboliquement » que l’Amérique du nord est noire et métisse parce que les deux pôles du continent américain (sauf Haïti et la Bolivie d’Evo Morales) sont, de fait, politiquement blancs. Le Brésil, Cuba, la République Dominicaine, le Venezuela… sont donc en retard d’une « America 2008 ». À l'extérieur de l'Amérique, pour le grand "monde noir" hors USA, l'élection de Barack Obama est l'index de ce retard politique continental. (NB : cette note est publiée dans Le blog politique le mercredi 5 novembre 2008, à 0H25 GMT).
L’addendum crucial du jeudi 06 novembre 2008 :
1°) Donc, comme annoncé par les sondages convergents, Barack Obama a été élu avant-hier quarante quatrième Président des États-Unis d’Amérique. L’Amérique l’a fait ! On le sait maintenant : la ségrégation raciale est réversible. Dans cette grande démocratie vivante, voici venir l’an I de l’« Affirmative Act » final de l’assimilation réelle et définitive de tous les citoyens américains. Est effectif désormais le temps de la génération américaine des semblables et des égaux, dont les différences ne pourront plus être que des variantes, non des essences. J’ai entendu le glas de la ségrégation raciale américaine. C’est fini, c’est définitif parce que c’est irréversible. Rosa Park n’a pas connu ce temps et ne l’a pas vécu. Dommage ! James Baldwin ne l’a pas connu et ne l’a pas vécu. Dommage ! James Meredith ne l’a pas connu et ne l’a pas vécu. Dommage ! Léon Damas ne l’a pas connu et ne l’a pas vécu. Dommage ! Léopold Sédar Senghor ne l’a pas connu et ne l’a pas vécu. Dommage ! Aimé Césaire ne l’a pas connu et ne l’a pas vécu. Dommage ! Le plus grand, le plus concerné, Martin Luther King n’a pas connu ce temps et ne l’a pas vécu dans les émotions de joie et d’anamnèse qu’il a su faire naître (Jesse Jackson a pleuré en écoutant le discours de victoire de Barack Obama). Beaucoup d’Haïtiens, dont Jean Price-Mars, dont mon père (pour n’en citer que deux, ce dont je m’excuse par avance) ne l’ont pas connu et ne l’ont pas vécu. Dommage ! Beaucoup d’autres Noirs et de Métis, grands et anonymes de par le monde, ne l’ont pas connu et ne l’ont pas vécu. Dommage ! Car pour tous ceux-là, qui –maintenant que nous, les vivants, nous avons vu ces scènes mémorables de Chicago- sont donc morts trop tôt, l’Amérique était une tache de l’histoire des Noirs qui perdurait anormalement ; aussi une tache de l’Histoire de la démocratie. Mais cette même Amérique vient d’assigner une tâche historique incommensurable, comme un défit, à son caduc « black people » et au « monde noir » qui est en expansion sur tous les continents. C’est exaltant, car désormais aucun Noir, aucun Métis ne pourra plus dire : tout est dû à la couleur de ma peau, car, pour le coup, « Yes, we can ». Cependant je n’ai jamais écrit que le racisme a disparu des États-Unis et du monde. Attendez, pour une confirmation du racisme extérieur, les commentaires déplacés, les plaisanteries de mauvais goût et les réticences rhétoriques ou celles portées par le geste, qui ne manqueront pas bientôt de connoter la couleur de la peau de Barack Obama, même et parce qu’il est le Président des États Unis.
2°)
J’ai appris ce matin que Barack Obama a rendez-vous avec le directeur de la
CIA. Allons bon ! Il va faire connaissance avec l’image réelle et
imaginaire de l’Amérique dans le monde. En tant que Président -désormais sans
couleur- des États-Unis, il commencera, dès le début de ce rendez-vous, à
délimiter le possible et le réel de l’application de son « Yes, we can ». C’est ce matin qu’un
« principe de réalité » va entrer dans les promesses de campagne de
sa politique afin de les ajuster, de les régler ou de les trier. Le rapport du
directeur de la CIA devrait aussi apporter à
Obama une idée précise du nombre de capitales politiques du monde pour
lesquelles l’élection d’un « black
people » (au sens américain de l’expression) à la Présidence des
États-Unis sonne comme une anomalie intimement inacceptable de l’Histoire. Au
contact de ces capitales réticentes, glaciales, la posture de docilité
internationale du candidat Obama devrait apprendre à se redresser de la hauteur
de la tête du cobra afin d’affronter l’adversité coriace qui attend un
Président des États-Unis, quel qu’il soit, partout dans le monde actuel. Mais
quoi qu’il en soit de ce que le directeur de la CIA lui aura appris ce matin ou
de la résistance « raciste » ouverte ou déguisée qu’on pourrait lui
opposer de l’étranger, je quitterai cette admirable semaine Barack Obama en ôtant au nouveau Président des États-Unis
la couleur de sa peau pour l’envelopper désormais de l’étoffe qui convient à
tout homme politique passé et présent, noir, blanc, jaune ou métis, de quelque
grandeur et de quelque talent. Il s’agit de l’étoffe austère et sévère de la responsabilité
de l’homme politique : « L’honneur du chef politique […], celui de
l’homme d’État dirigeant, consiste justement dans la responsabilité personnelle exclusive pour tout ce qu’il fait,
responsabilité qu’il ne peut ni ne doit répudier ou rejeter sur un autre » (Max Weber,
« Le métier et la vocation d’homme politique », 1919 ; publié
dans Le savant
et le politique,
coll. 10/18, Union générale d’éditions, Paris, 1963, page 129). J’ajouterais
l’autre versant : « la responsabilité
personnelle exclusive pour tout ce qu’il » ne fait pas. Là, c’est effrayant.
Lundi 10 novembre 2008 : « colorblind », Ann Nixon Cooper, Atlanta, Birmingham, etc.
Dans
l’addendum du 6 novembre, je croyais
en avoir fini avec mes commentaires sur Barack Obama. Non parce qu’Obama serait
devenu un homme politique sans intérêt mais parce que, le suffrage américain
l’ayant élu, Obama est devenu ou doit devenir un président américain tout
simplement, comme le furent ses prédécesseurs. Mais trois faits me font revenir
sur ce qui vient de se passer dans le monde depuis le 4 novembre
américain :
1)
A la radio (France Inter), le monde, vu de France, a,
semble-t-il, sérieusement bougé au lendemain de l’élection américaine car j’ai
entendu un jeune Noir de la banlieue parisienne dire que l’élection de Barack Obama allait changer quelque chose dans sa vie de
Noir vivant en France. Comme il s’exprimait à la radio, je n’ai pas vu ce
jeune Noir, dont la voix semblait cependant trahir l’âge de 13-14 ans, soit
l’âge du collégien français. Mais j’aurais deux remarques à faire là-dessus. La
première est une contradiction : à écouter les interviews de certains
jeunes Noirs des banlieues, ces jeunes disent toujours que la police les
agresse tous les jours parce qu’elle contrôle plusieurs fois par jour leur
identité. Je ne sais pas si ce jeune fait partie de ces « contrôlés »
abusifs mais je lui pose la question suivante : Pensez-vous, jeune Noir de banlieue, que l’élection d’Obama va faire
cesser du jour au lendemain ces contrôles d’identité ? La deuxième
remarque doit être précédée d’une information complémentaire dont je ne
dispose malheureusement pas. Toujours parce que c’est à la radio que j’ai
entendu ce jeune Noir s’exprimer, je ne peux, en effet, pas savoir si ce jeune
va joyeusement à l’école, s’il a envie, s’il accepte d’être instruit et formé
par les institutions de la République. Mais je prétends que, dans un monde où
le travail, l’effort, l’abnégation, le mérite forment et sauvent l’homme, si ce
jeune Noir ne paie pas de sa personne en travaillant à l’école, en profitant
des possibilités que lui offre l’école républicaine française « laïque, obligatoire et gratuite »,
mille, dix mille, cent mille Obama, de surcroît de la lointaine Amérique, ne
changeront rien à sa vie de jeune Noir de la banlieue parisienne. Grâce à la
très grande formation qu’offrent les grandes universités américaines, Obama
s’est donné les moyens intellectuels et les ressources morales qui lui ont
permis de concurrencer puis de vaincre ses pairs (cette simple observation :
John MacCain est sénateur, Barack Obama était sénateur). Au demeurant, à lire,
écouter et voir ce que les sources diverses d’information nous apprennent,
Barack Obama s’est fait avec et sans
« affirmative act ». C’est
cette construction de soi par soi qui lui a donné la prétention légitime et le
pouvoir réel de jouer dans la cour des « grands » de la politique
américaine et mondiale. Je suis désolé de répondre à ce jeune Noir et de le
contredire : l’élection de Barack
Obama à la présidence des États-Unis ne changera rien dans sa vie de Noir de
France de l’aube du XXIe siècle. Donc, s’il veut me prouver que la victoire
d’Obama changera quelque chose dans sa vie, que ce jeune Noir de la banlieue me
prouve qu’il est capable de devenir « Obama en France », avec les
qualités et les compétences de l’Obama d’Amérique. Avoir ceci lui donne le droit légitime d’être cela.
2)
La semaine dernière, après l’éclatant succès d’Obama,
certains commentateurs et des Noirs de France (le CRAN, par exemple) se sont
laissé aller à maugréer contre la France, à laquelle ils reprochent de n’être
pas en mesure de faire comme les États-Unis et d’élire, aujourd’hui même, un
« Français Obama ». Tout se passe comme si le nom propre Obama
semblait s’apprêter à devenir, en France (et peut-être dans le monde), un nom
de chose, un nom commun de genre politique, le nom qui désignerait le passage
du Noir à un état moral et politique qui lui serait désormais assigné. Dans la
France passionnée de l’élection de Barack Obama, il semble que bientôt on
devrait dire obamiser un Noir ou ce Noir s’est obamisé, pour signifier la
promotion fulgurante d’icelui à la position de cessation d’appartenir à sa
« minorité visible ».
Certains idéologues français du monde noir cherchent avec impatience et
précipitation ou attendent activement que se manifeste quelque Noir français obamisable. Les mots ne sont pas encore
employés mais les idées qu’ils doivent exprimer ont voltigé partout ces jours
derniers, autant dans la presse que dans les conversations privées.
Dans le
même ordre de mutation sociopolitique importée ces jours-ci d’Amérique, j’ai
donc entendu à la radio, lu dans des journaux, vu à la télévision, que la
France « n’est pas prête à élire un
Mamadou à l’Elysée ». Visé par ces réclamations et revendications
françaises au nom de ce que certains de nos idéologues du moment appellent la
promotion des « minorités visibles »,
le problème est mal posé, et ce, pour la raison que, au regard de l’histoire,
il n’existe pas, il ne peut pas exister de Barack Obama en France. Un « Mamadou » est
politiquement spécifique au contexte de l’histoire et de la géopolitique
françaises, pendant qu’un « Barack Obama » est politiquement
spécifique au contexte de l’histoire américaine. Je veux dire par là que les
énoncés linguistiques qui servent à exprimer le problème visé par nos
idéologues du « monde noir » trahissent la méconnaissance des
histoires différentes des deux États. En France, le nom propre « Mamadou » sent l’Afrique
et l’exogène, alors qu’aux États-Unis, Barack Obama, ou Obama tout court, ne sent rien de non
américain, même si ce nom, par la
couleur de celui qui le porte, résonne de « l’afro-américain » (au sens de Malcolm X). Mais encore faut-il
avoir vu le Noir qui le porte. Une coprésence, due à l’implantation des
Blancs et des Noirs sur le territoire américain au XVIIe siècle, fait que
l’onomastique des Noirs qui sont
américains est formée de noms européens, donc de noms de Blancs qui sont américains. Je rappelle
que, par exemple, il faut entendre sous le nom de Martin Luther King le nom de l’Allemand Martin Luther, le destinataire de
la bulle d’excommunication de Léon X de Noël 1520, puis le fondateur bruyant et
brillant de la Réforme. En tout cas, aux États-Unis (et ailleurs d’ailleurs),
le nom complet de Martin Luther King ne résonne ni de Blanc ni de Noir, donc
peut désigner ou un Blanc ou un Noir. Je dirais même qu’à entendre ce nom, et
pour peu que l’on se souvienne de l’histoire de la domination blanche aux
États-Unis, le nom Martin
Luther King
devrait résonner spontanément, et prioritairement, de la blancheur de la peau
de celui qui le porte. Je rappelle aussi que le nom « X » de Malcolm X est le signe
linguistique du refus d’un Américain noir –Malcolm Little- de s’inscrire dans l’onomastique
blanche européenne imposée aux Noirs par l’esclavage ; du refus d’avoir un
nom blanc comme patronyme. « X » est le refus de porter un « nom d’esclave », a écrit Malcolm X dans son
autobiographie. L’Amérique de la nation
américaine de 2008 ne connaît donc pas d’Américain noir qui serait un
« Mamadou », c’est-à-dire
un Noir exogène par la consonance de son prénom ou de son patronyme. De plus,
nos idéologues français (le CRAN, etc.), ceux qui tracent péremptoirement la
route qui doit être imposée à la « minorité
visible » noire de France, n’ont pas retenu que, en ce qui concerne la
présence des Noirs et des Métis dans la sphère de la décision politique,
l’histoire de France a pu, au siècle
dernier, prendre une avance non négligeable sur l’histoire des
États-Unis : en 1956, la France a « produit » un Noir ministre
d’Etat du Gouvernement de Guy Mollet, il s’appelait Félix
Houphouët-Boigny ; de 1958 à 1968, la France a « produit » un Métis
président du Sénat et deuxième « personnage » de l’État, il s’appelait
Gaston Monnerville. A cette époque, les chiens dressés de la police américaine
mordaient sauvagement les Américains noirs qui manifestaient contre la
ségrégation dans les bus et les toilettes publiques ou privées et pour les
droits civiques –les droits élémentaires de l’Homme. La France a donc fait
cette avancée politique, qui intégra la « minorité visible » noire et métisse française, avant que
l’Amérique ne « produisît » les Colin Powell (2001), les Condoleezza
Rice (2004) et … Barack Obama (2008). La question surgit alors : Pourquoi
cet élan français s’est-il ralenti voire éteint ? Pourquoi cette avance française non
négligeable a-t-elle mué en retard ? Faut-il se contenter d’accuser
« la France » en tant que catégorie politique anonyme,
indifférenciée, et ne pas chercher la cause efficiente, ne pas pointer les
responsabilités politiques précises et partagées ? Il faudra qu’un jour
chacun de nous –Noirs, Métis, Blancs- fasse et publie son propre jugement
là-dessus.
Inversement,
faisons la remarque suivante. En général, ce qui se fait en Amérique
« débarque » en Europe et dans le reste du monde quelques décennies
plus tard. Mais en France, en fait de réplique
française aux commotions idéologiques américaines des années 50 et 60, nous
n’avons eu que l’action d’étudiants libertaires anarcho-situationnistes
parisiens qui ont satisfait leurs désirs et leurs besoins en faisant
maladroitement les « hippies de San
Francisco » en Sorbonne. L’action sociale tranchante française de
cette époque, ce furent les accords de Grenelle mais « Grenelle » fut
une pièce rapportée, certes grandiose, de l’agitation étudiante de mai 1968.
Les accords de Grenelle ne furent point étudiants. Ce qu’en France on appelle
aujourd’hui un « Grenelle » n’a pas modifié l’idéologie mais
l’économie (augmentation significative des salaires, organisation de la semaine
et des conditions de travail,…). Il faut reconnaître aussi que la traversée
transatlantique des idées qui ont abouti à l’Affirmative Act n’avait pas d’objet en France et en Europe, en
1963, en 1964, ou en 1968. L’ Affirmative
Act n’a pas été français ! Et pour cause, car il était trop localement
historique pour qu’il pût y avoir passage de témoin de l’Amérique à la
France : les deux populations n’ont pas la même histoire, même si elles
partagent une longue histoire commune et unique de la vision de la liberté
(économique, politique, idéologique). Le CRAN et ceux qui, le lendemain de la
victoire d’Obama, ont fait croire que la France est en retard sur l’Amérique ne
disent pas la vérité et sont invités à relire l’histoire des « deux
mondes » pour apprendre à nuancer. Se détourner de la nuance conduit
toujours à des déconvenues, en particulier en politique. Dans un autre article
du site –Qu’est-ce qu’être Noir en France
à l’aube du XXIe siècle ?- j’ai développé les arguments de cette
critique seulement évoquée dans ce paragraphe.
3)
Après la nuit américaine du 4 novembre 2008, j’ai pris
conscience rétrospectivement de mon énorme surprise. Surtout ce soir. Ce que je
viens de voir ce soir (10 novembre) à la télévision est sans égal ni équivalent
dans l’histoire des temps modernes : le Président élu des États-Unis
circule dans les allées de la Maison Blanche et il est Métis, de père noir et africain. Oui, un « black people » (qu’ailleurs ou
jadis certaines lois raciales déclarent métèque) a
arpenté, en futur maître, le lieu d’où le monde entier tient son souffle
politique ! Je ne m’y attendais pas. L’éternité me paraissait être une
propriété acquise et éternelle de la ségrégation raciale américaine. Mais tout
compte fait, Barack Obama ne vient pas de très loin dans le temps. Avec un peu
d’attention, de perspicacité et de prospective, j’aurais pu, nous aurions tous
pu, voir venir l’événement : l’Obama d’aujourd’hui « date » de
1961, quand les chiens policiers des Blancs du Sud mordaient, sur ordre, les
mollets mal nourris de Noirs qui manifestaient, puis de 1964, quand Martin
Luther King dicta pratiquement à Lindon Johnson le contenu que devait recevoir
l’Affirmative Act pour qu’il fût
effectif et applicable, apte à provoquer le dépassement de l’état de Noir et de Métis en Amérique. Obama sait qu’il a cette
origine politique de martyr et de gloire. Ce n’est sans doute pas sans raison
que, vers la fin de son discours de victoire de Chicago, il a évoqué le travail
de fondation du « prédicateur
d’Atlanta qui proclamait au peuple : « We
shall overcome »
(Nous surmonterons) ». Les États-Unis ont agi, à l’époque. Aujourd’hui, les
Américains noirs ont surmonté. La victoire d’Obama est alors d’autant plus
tranchante et belle qu’elle est arithmétiquement blanche (les 5 millions de voix de plus que MacCain ne sont pas noires). Mais en France, nous ne l’avons
pas vu venir.
D’ailleurs, pour en
revenir à ce qui s’est passé le 4 novembre 2008 en Amérique, je remarque que
personne, parmi ceux qui nous instruisent au sujet de la politique du monde,
n’a prédit la montée de cette énorme vague de l’Histoire qui vient de balayer
la ségrégation raciale américaine. Mais je dois avouer que si j’avais donné
suite à mon désir de prendre contact avec Nicole Bacharan, j’aurais peut-être
mieux compris la complexe et effective modification du fond politique de
l’Amérique du XXIe siècle. Seule cette femme, instruite, avisée et mesurée, qui
sait beaucoup de choses de l’Amérique, a osé dire que l’Amérique n’est pas le
mal incarné que décrivent les manichéens
qui vivent de ce côté-ci de l’Atlantique. Dans une correspondance qu’elle a
donnée sur les ondes d’Europe 1, depuis New York, le 22 juin 2005 -en pleines
années Bush jr.- elle a appris à ses auditeurs que George W. Bush est un colorblind, c’est-à-dire un de ces
Américains aveugles aux couleurs de
peau des citoyens américains. Je n’avais encore jamais lu ni entendu pareil
propos « dissident » ; connaissant peu l’anglais, j’ignorais ce
mot américain de colorblind. En tout
cas, une contradiction inhibait à l’époque ma réflexion personnelle car je ne
comprenais pourquoi le « mondialement affreux George Bush » -homme de
l’Amérique républicaine profonde implicitement nourricière (nous faisait-on
comprendre) du racisme et de la ségrégation- s’était entouré de deux Noirs (au
sens américain du mot) ? L’information de Nicole Bacharan a donc servi à
répondre avec clarté à la question que je me posais : Pourquoi les deux Secrétaires d’Etat des deux mandats de George Bush
sont-ils des Noirs ? (toujours au sens de la sociologie américaine du
« sang » noir). Réponse : parce que Bush est une colorblind. Quand Nicole Bacharan publia
plus tard son livre Faut-il avoir peur de l’Amérique (Paris, Seuil,
octobre 2005), je me le suis procuré pour lire le détail des nuances qu’elle y
développe et qui échappaient (échappent encore) aux analystes politiques
manichéens qui ont confondu l’Amérique réelle, mouvante, mutante, et le Bush,
forestier et fauve, qui est né de la métamorphose que lui offrit, l’automne
2001, sa guerre légitime mais maladroite contre Al-Qaïda. En effet, ce livre,
publié en 2005, a détonné par les nuances qu’elle a su écrire au sujet de
l’Amérique, même de l’Amérique de Bush, et au sujet de Bush lui-même : « George W. Bush […] montre lui aussi à quel point l’Amérique a changé : chez lui, il
n’y a pas la moindre trace de racisme, il est véritablement colorblind –aveugle aux couleurs […] la décontraction absolue d’un George Bush en
matière raciale contribue aussi, à sa manière à faire avancer le pays [et] témoigne aussi d’une acceptation croissante
des minorités dans les familles, les institutions et la vie politique »
(Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique, Paris, Seuil,
octobre 2005, pages 152-153). Cette lecture me parut lumineuse mais je compris
aussi qu’elle pût paraître dérangeante à certains, quand, d’un bureau
d’écrivain, de journaliste ou d’analyste, ils continuent d’écrire sur
l’Amérique imaginée sclérosée. L’Amérique bougeait sans que ceux qui nous informent
pussent nous décrire le sens, la vitesse et la puissance politiques du
mouvement nouveau né aux sources vives des années soixante. Certes Nicole
Bacharan n’a pas vu le surfeur Obama mais elle a vu la vague qui le portait
parce qu’elle a vu que le vent de l’histoire américaine s’était réorienté. Elle
a vu l’Amérique neuve, celle du multiculturalisme réellement absorbé,
réellement assimilé, par la communauté reconnue d’une nation américaine. Je
regrette de n’avoir pas su tirer de ces lignes inouïes de Nicole Bacharan la
conclusion politique libre qui m’eût permis de conjecturer, en 2005, le
fait américain majeur du XXIe siècle (hormis l’entrée en guerre en 1944
contre les nazis), à savoir l’élection, en novembre 2008, d’un Métis -je
rappelle : un « black people » !-
à la Maison blanche. Néanmoins je pourrais peut-être tirer de ce regret
l’instance d’une sublimation, la raison, en tout cas, de la jouissance
esthétique que j’ai éprouvée devant toutes ces belles images, uniques dans
toute l’histoire du Monde, qu’a diffusées BFM-TV en direct de Chicago, dès six
heures du matin, le 5 novembre, il y a une semaine. La plus belle image du
Chicago du 5 novembre m’est venue des mots, ceux de Barack Obama quand il
raconta l’histoire vivante du bulletin de vote d’Ann Nixon Cooper, âgée de cent six
ans, dans une urne
d’Atlanta. Ah ! Atlanta ! Ah ! Alabama ! Ah !
Montgomery ! Ah ! Selma ! Ah ! Birmingham !...
Ah ! Martin
Luther King !
Je n’ai pas compris pourquoi, à cet instant de son discours de victoire et
d’histoire, Barack Obama n’a pas pleuré car moi, j’ai certes
tressailli de joie mais j’ai aussi pleuré d’émotions et de réminiscences, en écoutant -presqu’en le revoyant- ce
condensé de l’histoire récente et tragique d’une partie du « monde
noir ». (Observation en relation avec des développements précédents :
Ann Nixon
Cooper,
ce nom ne résonne ni de Blanc ni de Noir ; Ann Nixon Cooper est noire mais, en
Amérique, elle ne peut pas être un, une, « Mamadou »).
Si, cependant,
certains de mes lecteurs ont pu être offusqués par la froide raison qui a
traversé toutes les pages que j’ai consacrées à Obama dans ce blog politique,
je m’en excuse. La cause de cette distance : la dernière fois que j’ai
crié « Vive quelqu’un ! », c’était quand j’ai cru que François
Duvalier et sa « révolution
duvaliériste » allaient sauver Haïti et que j’ai crié en de nombreuses
circonstances « Vive Duvalier !
Vive Duvalier ! ». Depuis, pour avoir vu « Papa Doc »
dans ses œuvres, j’ai été refroidi par les promesses des politiciens, trop
souvent tacticiens, soucieux émérites de leur fin ultime et intime qui est la
victoire. Néanmoins, le cours de l’Histoire, vu du regard rétrospectif
d’aujourd’hui, Charles de Gaulle serait encore vivant, je ne dis pas que je ne
crierais pas « Vive de Gaulle ! ».
À la fin l’année
prochaine (2009), je reviendrai sur Barack Obama dans un écrit consacré à
certains aspects de la vie du « monde
noir ». Ce sera publié dans un texte payant de mon site. (Il n’y a pas
de raison que seuls puissent se faire de l’argent ceux qui ont pu faire une
« immersion » dans le QG de
campagne d’Obama -avec ou sans « vertigo » d’ailleurs- et qui
colleront bientôt, opportunément voire opportunistement, dans une reliure de type Gutenberg, les pages du récit de leur séjour, que les familles s’offriront à
Noël entre la dinde aux marrons et la bûche fourrée au chocolat noir).
Vendredi 9 octobre 2009 : Le vent de Stockholm a soufflé deux fois
Le vent est venu de
nouveau de Stockholm. Pour le « monde noir » et ceux qui ont écouté à
la radio 14 octobre 1964, la lecture de la dépêche de l’Agence France Presse de
ce matin ne cessera pas de les émeut de nouveau : Barack Obama vient de
recevoir le Prix Nobel de la Paix. Martin Luther King le reçut en 1964. Il y a
comme un invariant du temps du jury du Prix Nobel, ce qui pourrait être
approché sous le signe d’une « sagesse ». Quelle belle jonction, entends-je
aujourd’hui, quelle belle confirmation de la continuité des marches d’Alabama,
de Montgomery de Luther King jusqu’au discours d’investiture d’Obama à la
Maison Blanche ! Quelle belle victoire historique et symbolique !
Même hors de ses frontières, même dans un salon feutré de l’académie de
Stockholm, l’Amérique, cette année, a encore mis à jour son histoire violente,
son passé en Noir et Blanc inégaux. 2009, c’est l’année crue du renversement du
symbolique parmi les « races » de cette très grande nation. La
dialectique a renversé le noir des souffrances de la ségrégation en une claire
victoire des « colours ».
Le vent de Stockholm est signe et symbole de ce reversement assuré par la non
violence. Le 10 décembre 2009, la Suède couronnera le parcours politiquement
réussi de quarante-cinq ans de non violence noire aux Amériques. Comme quoi :
il existe aussi un « rôle de la [non]-violence dans l’Histoire ». Le bulletin d’information de ce matin
de France Inter disait, peu avant la nouvelle de Stockholm, que le Nobel de la
Paix est « le plus prestigieux »
de ces Prix Nobel attribués en automne. Pris ensemble, Martin Luther King,
Barack Obama et l’histoire de l’Amérique viennent de recevoir ce qui, venu de
Suède, est le plus prestigieux dans le monde.
Castel
JEAN
Copyright © Castel JEAN. 23 novembre 2008. Tous droits réservés.
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